Melhfa des Aurès, la renaissance…

أغسطس 18, 2009 
sous Vistiges et Patrimoine

Victime d’une grande prédisposition et de perméabilité à tout ce qui est importé, au nom du moderne, du branché et du tape-à-l’œil, la tenue chaouie avait frôlé le trépas. C’est dans le milieu rural qui est en fait son milieu naturel, — lieu de naissance — que la tenue aurésienne comme c’est le cas pour le tapis, la kachabia et le burnous ont trouvé refuge et preneur en attendant des jours meilleurs.

Lui préférant des tenues de fêtes des quatre coins du pays : caftan, tenue algéroise, robe kabyle et, quelquefois même, de l’importé comme les kimonos, ensembles indiens…, les enfants du pays (plus exactement les filles) semblent vouloir se ressourcer ou, mieux encore, s’affirmer. Depuis plus d’une quinzaine d’années, quelques irréductibles fans, mais surtout de fins connaisseurs, avaient refusé de signer l’acte de mort de la belle et bariolée tenue. Du plus ancien couturier de la ville de Batna M. Floussi, octogénaire de nos jours, aux plus jeunes militants du mouvement associatif, l’envie et l’abnégation étaient les mêmes : maintenir en vie un costume plurimillénaire. Ça et là, dans l’artère principale de la ville de Batna, mais aussi dans plusieurs quartiers, de beaux modèles de robes chaouies sont exposés, et ce n’est pas la demande qui manque. De l’aveu d’un photographe, depuis l’acquisition d’une robe, son studio ne désemplit pas, il avoue : « Ce sont surtout les jeunes filles qui veulent se faire prendre en photo en tenue chaouie, mais qui me demandent aussi de couvrir les fêtes de mariage où j’ai vu des mariées en robe chaouie de luxe. » Cependant, notre interlocuteur a une petite inquiétude, les femmes préfèrent faire appel aux photographes femmes… Le propriétaire d’un magasin spécialiste en robes aurésiennes Mostafa Gerbaz qui n’a rien d’un opportuniste, car il a connu « la traversée du désert », des jours où le tissu jordanien et égyptien faisaient des ravages, et ses fins de mois sonnaient clair. Le résistant (sic) avait refusé de céder aux chants de sirènes en déclarant : « J’ai vu ma grand-mère dans cette tenue, ma mère aussi ; j’en ai fait une question de nif et de baroud. Résister et innover ou mourir, et, aujourd’hui, nos efforts sont récompensés. Aussi bien les femmes que les jeunes filles ne circulent pas dans la rue en tenue chaouie certes, comme en Kabylie ce qui est extraordinaire. Mais l’appétit venant en mangeant, j’ai l’ultime conviction que le jour viendra, et il n’est pas loin, de revoir, comme jadis, des groupes de femmes, tel un bouquet de fleurs, se promener en tenue chaouie. » D’une conviction inébranlable, notre interlocuteur dit voir des signes qui ne trompent pas, et il ajoute : « Lorsque des magasins de mozabites commercialisent un produit, c’est un indicateur de réussite et une valeur sûre. » Vérification faite, sur la route de Biskra, les plus belles devantures proposent des melhfas haut de gamme, confectionnées en séries, et qui se vendent plutôt bien selon les propriétaires. Le retour ou le come-back de ce costume enterré vivant constitue un gagne-pain, pour ne pas dire une création de richesses, pas uniquement pour le propriétaire du magasin, le photographe, mais aussi et surtout pour les femmes qui le confectionnent et qui ne cessent de le rendre plus pratique et mieux adapté pour répondre à une génération très exigeante, car elle a le choix. Reste que ceux et celles qui parlent de tourisme, artisanats, culture entre les quatre murs des salons calfeutrés n’ont aucun mérite, car cela s’est fait sans eux et, quelquefois même et hélas, malgré eux.

source : el watan

commentaires

6 Comments on "Melhfa des Aurès, la renaissance…"

  1. Boumediene on خ, 20th أغسطس 2009 1:28 م 

    Elles ne se sont pas tues?! Rien que cet été les mariages auquels j’ai assisté avaient des femmes qui chantaient en Chaoui…

    Mais c’est sur que les générations nouvelles s’en désintéressent de plus en plus…

    Mais c’est le lot de tous les pays ayant conservé une forte tradition et qui sont en développement.Ils se modernsient et la tradition se fait moins présentes.

    Il faudrait professionaliser ce genre de chant dans les Aurès…ce serait une bonne solution et avant gardiste.Les résultats seraient intéressants.

    Il faut donner un intéret aux jeunes filles de perpétuer ces chants( si jolis cela dit en passant) financier ou autre sinon la lutte avec la modernité est inégale!!

    Concernant le synthé, c’est juste un instrument….et affreusement inaudible. Avec des sonorités aigues stridentes de type Vocoder.Ca n’a aucune valeur musicale, c’est du fast-food.MDRRRRRRRRR

  2. farouk benderradji on ج, 21st أغسطس 2009 7:54 ص 

    Je suis entièrement d’accord avec toi boumediene. La tradition se perd dans les méandres de l’argent et rien que l’argent. Fine rah dhak ezman ezzine.
    cordialement

  3. Abdelkrim on ج, 11th سبتمبر 2009 1:50 م 

    Ainsi qu’il a été noté plus haut, les voix ne se sont pas ,fort heureusement, tues! Elles ont mué en quelque sorte du côté des “égyptienneries” mielleuses et ventrales au détriment des belles voix capables de soutenir à capela les légendaires histoires des Aurès. Il y a aussi un incontestable “retour en arrière”, un moyenâgeux chantage fait aux femmes qui “osent” chanter lors d’un mariage ou d’une fête même familiale. Les hommes ont laissé faire au nom du “nif”, mal placé, entre nous, car ridiculement obsolète! Religion extrémiste et art ne font pas bon ménage. Prenez exemple sur le prophète (Sws) qui aimait le beau, le mélodieux…

  4. Boumediene on أح, 8th نوفمبر 2009 1:23 م 

    C’est une bonne chose que la melhfa fasse ENFIN son retour !!!MAIS j JAMAIS compris pourkoi elle n’est pas TOUJOURS présente dans les AURES?! Surtout qu’elle est sans NUL DOUTE l’un des plus beau vetement traditionnel au monde!!!!Rienn que cela!!!Elle est Mille fois plus jolie que toutes les robes algériennes et arabes!!!!
    Bref c’est toujours bon d’apprendre que les filles se la réappprorient.Mais ma copine et moi n’avont pas attendu APRES QUI QUE CE SOIT pour le faire….

    Meme si il faut la promouvoir encore beaucoup plus….parce que à BATNA ce n’est pas encore le cas!!!!!

  5. toutiya on ث, 2nd فبراير 2010 1:21 م 

    la melehfa est bien de retour et même si on ne la retrouve pas dans les vitrines aurésiennes, nos fameuses “couturières” sont toujours là pour les confectionner!!! Et chez moi, on “ose” chanter nos beaux chants, et ce sont les jeunes filles qui reprennent les chants de nos arrières!! Je ne comprends pas pourquoi les jeunes chaouis se tournent vers le staifi, oranais lors des celebrations. A ain touta les rahabas sont toujours présents, et nous, jeunes filles continueront de chanter et en chaoui bien sur!! Et meme, ici en france on chante!!!

  6. kader fatahi on س, 6th مارس 2010 3:41 ص 

    Pourquoi opposer tradition à modernité? Les grandes civilisations d’aujourd’hui ont, par contre, fait évoluer, sans les délaisser, les arts et les pratiques sociales traditionnels pour les adapter aux conditions actuelles.Quant à celles qui sont “inadaptables” du fait de l’évolution sociale, economique et politique, alors il faudra les abandonner sans nostalgie. Notre problème s’est d’adopter LES TRADITIONS DES AUTRES ,comme les moyens orientaux ( égypte, syrie…), que ce soit sur le plan culinaire, vestimentaire ….Et là est le danger de “déculturalisation”.

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