MONSIEUR TOURI RACHID
فبراير 6, 2009
sous Portraits et Personnalites
Par SAID MERZOUKI
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Une figure de proue bien de chez nous :
Je vous ai connu professeur de mathématiques au Collège Moderne de Batna. Vous m’y avez enseigné tant à moi-même qu’à ma femme, de 1957 à 1959 en classes de seconde et première alors que monsieur AZEMA était le principal de l’établissement secondé par MM. MARQUET surveillant général, DUPUIS, KATEB intendants et que MM. PELOUS, VOLDOIRE, BOUZID, LACROIX, (Melle HAMDIKEN, Mme COMMERE) Mmes (MARQUET et MALLEM) étaient respectivement professeurs de français, de syntaxe, d’arabe, d’E.P.S., de physique et d’anglais, sans oublier l’Adjudant LE DREZEN et le Sergent TARTAGLIA enseignants de P.M.E.
J’ai su dernièrement et grâce à Mme TOURI Hassina votre sœur que :
•Né le 4 mars 1928 à T’Kout, fils de TOURI Amor, enseignant et plus tard, successivement Directeur d’Ecole puis Inspecteur en fin de carrière à Blida et de BAADA Messaouda,
•Vous avez eu un parcours scolaire qui vous a mené de l’Ecole du Stand, (actuellement Ecole EMIR ABD EL KADER), jusqu’à votre réussite au concours des Bourses qui marqua votre admission au Collège Moderne de Batna
•Après l’obtention du Brevet du 1er Cycle vous rejoignez le Lycée d’AUMALE. actuellement REDHA HOUHOU) de Constantine, puis celui de ST. AUGUSTIN de BONE (ANNABA) où vous avez obtenu les deux parties du Baccalauréat dont celui de Mathématiques Elémentaires en 1946.
•Au Lycée BUGEAUD (actuellement EMIR ABD EL KADER) vous vous êtes inscrit pour deux années consécutives en séries Mathématiques : Supérieures puis Spéciales dites toutes deux TAUPE vous préparant à des concours aux Grandes Ecoles.
•Mais celui de l’Ecole des Mines, votre choix prioritaire, ne vous a pas souri. Aussi vous êtes-vous contenté de l’inscription en Licence d’Enseignement de Mathématiques à l’Université d’Alger, Licence que vous avez obtenue à la veille de la Révolution pour ensuite effectuer en 1955 une année de stages pédagogiques dans divers lycées d’Alger en vue du C.A.P.E.S.
•En 1956 , au Collège Moderne de Batna, ce fut votre 1er poste que vous avez d’ailleurs gardé jusqu’en juin 1960, y enseignant les Mathématiques et même, au départ, m’a-t-on dit et ce par intermittences, Physique-Chimie.
Ce dont je me rappellerai toujours et encore c’était votre silhouette revêtue d’une blouse blanche, largement échancrée sur le devant parce que jamais boutonnée, un cartable, quasi vide, ne contenant que les grandes lignes d’une préparation du jour avec exercices, ce cartable pendouillant à la main gauche ou pris serré sous l’aisselle tandis que votre main droite tenait entre ses doigts une cigarette qui, brûlée et devenue mégot, ne s’éteignait qu’après avoir servi à allumer la cigarette suivante.
Vous étiez d’un abord plutôt bourru pour nous, vos élèves, et le mot « mathématiques » était synonyme de « tyrannie » selon l’appréciation populaire qu’en donnait Gaston Bachelard, cet autre remarquable scientifique autodidacte, tellement vous exigiez, de nous tous, les définitions exactes, la récitation des corollaires et autres axiomes en des termes les plus exacts, la bonne exécution de toute démonstration, avec la chronologie de ses étapes, le strict énoncé des théorèmes et leurs applications méthodiques, les constructions
géométriques rigoureuses à la règle et au compas aux fins d’une recherche des lieux invariants avec leurs caractéristiques qu’ils fussent médiatrice, bissectrice, arc capable, polaire d’un point par rapport à un cercle, axe radical et autres faisceaux harmoniques….
Il vous était arrivé un jour, rapporte un élève, devenu Inspecteur d’Académie en retraite depuis une dizaine d’années, qu’entrant, haletant en classe où vos émules vous attendaient, vous aviez jeté un bref regard à votre montre pour dire à la cantonade, que de Tazoult au Collège, vous veniez de mettre – 10 minutes et 30 secondes-, au volant de votre « PL 17 », une « PANHARD ». Dans quelle intention ? Peut-être, en vue de la prochaine leçon sur « les mouvements rectilignes » !
Pour qui voulait vous voir hors du Collège, la Brasserie de l’Etoile accueillait vos interminables parties de belotes avec vos intimes, la preuve étant que la PANHARD était invariablement garée devant le SQUARE attenant.
J’étais le responsable de la classe et, en tant que tel, je devais y entrer plutôt que mes camarades pour la préparation du cahier de textes à mettre en évidence sur le bureau du professeur. Ce jour-là je vous avais surpris bien avant 8 heures, au tableau noir, esquissant de curieuses mais harmonieuses courbes à la craie. Devant mon « pardon, monsieur ! » et juste faisant une furtive marche arrière en me retirant, pensant vous avoir outrageusement dérangé, vous aviez aussitôt lancé un tonitruant : « Entrrrrrez ! ». Goguenard vous aviez invité votre « 1er de la classe » à contempler votre œuvre, lui demandant ironiquement son avis. Qu’y pouvais-je y comprendre, à cet imbroglio de lignes, et vous, de m’expliquer que « ce ne sont là que des courbes unicursales appelées communément CONIQUES en mécanique céleste ! vous commencerez à en étudier quelques unes en terminales ».
C’est bien plus tard, en 1960, nous promenant avec des copains le long des Allées BOCCA, devenues depuis Allées BEN BOULAÏD, nous étions en vacances d’été. Nous feuilletions la Dépêche de Constantine (devenue elle aussi le quotidien AN’NASR), nous y remarquions l’entrefilet nous remplissant de fierté à votre propos parce que devenu notre idole, entrefilet vous concernant donc, dans lequel vos compagnons «les professeurs du secondaire félicitent leur collègue TOURI Rachid pour son brillant succès obtenu au Certificat d’Astronomie Approfondie avec la mention « très bien » ».
En fin d’année scolaire, ayant réussi avec mention mon 1er BAC et, lors de la traditionnelle kermesse de l’Ecole du Stand où vous habitiez, tard dans la soirée (vers 23h.), vous m’aviez apostrophé dans la grande cour abondamment pavoisée et illuminée pour la circonstance, bruyamment animée de refrains d’airs de l’époque qui se faisaient écho dans le grand préau. Je vins à vous, bafouillant, tandis que vous, copieusement, vous vous mîtes à me conseiller quant à mon proche avenir: devoir me rendre à Constantine dès la rentrée prochaine, y effectuer impérativement la terminale « math.élém. » parce que le collège de Batna n’offrait alors, pour nous élèves issus du Moderne qu’une classe de « philo. » pour les seuls classiques en fin de cycle secondaire. Vous aviez ajouté : « vous trouverez ma méthode intégrale chez monsieur SINKAIZEN (pardon pour l’orthographe !) mon ancien professeur de mathématiques, alsacien d’origine mais installé au lycée d’Aumale depuis 1924 ».
Au cours de cette année-là (1959) j’exerçais, parallèlement à mes cours, T.P. et T.D. de « Math-Elém », la fonction fort astreignante de maître-élève : 30 heures de surveillance en internat. J’obtins, à la limite, mon 2nd BAC.
L’année suivante (1960) je m’inscris en MPC. En cours d’année j’eus la surprise de vous apercevoir un matin, de bonne heure, au
Lycée d’Aumale. Vous veniez passer l’écrit de l’Agrégation de Mathématiques, examen
qui avait mobilisé nombreux autres candidats dans plusieurs disciplines. De 7 h du matin à 17 h de l’après midi, entre quatre murs et sans interruption si ce n’était la pause de midi pour avaler un sandwich et un soda, vous « crapahutiez » devant des problèmes complexes. Vous m’aviez demandé, en début d’épreuve, un livre de tables de logarithmes dites « RATINET ». Je vous en avais rapporté un, de couleur rouge, sur le champ. Mais vous m’engueulâtes alors parce que l’édition rouge comportait des formules interdites à l’épreuve. Je repartis aussi vite vous l’échanger contre l’édition jaune, celle-là plus officielle.
Je vous perdis de vue en 1961. La sinistre OAS ne permettait plus aux étudiants algériens de continuer sereinement leur cursus universitaire. Mais à l’indépendance, vous vous étiez retrouvé enseignant les années « TAUPE » ou préparatoires aux Grandes Ecoles et ce au Lycée BUGEAUD devenu Lycée EMIR ABD EL KADER d’Alger, juste 16 ans après que vous y fûtes vous-même élève.
•1962 vous vit avec le titre d’Agrégé de l’Enseignement et ce après votre succès à l’oral passé à Paris.
•Devenu aussitôt Maître-Assistant à l’Université d’Alger, en 1971 vous y êtes nommé Doyen de la Faculté des Sciences tout en assurant, en parallèle, des cours à des étudiants et préparant vous-même un Doctorat d’Etat auprès d’une Faculté de Nice.
•Jusqu’en 1981, vous aviez veillé sur l’Université d’Alger en qualité de Recteur pour, ensuite, être Représentant de l’Algérie auprès de l’UNESCO à Paris durant 3 années.
•Retour à Alger pour une retraite mais, ayant les mathématiques comme vous dans le sang, vous ne pouviez vous empêcher de continuer à être Professeur Associé à l’Université des Sciences et de la Technologie « HOUARI BOUMEDIENNE » (U.S.T.H.B.) dispensant
des cours de haut niveau et ce pratiquement jusqu’à votre décès survenu un 7 novembre
1993. Un jour, votre femme, se plaignant des absences de sortie de famille en voiture à la campagne comme tout un chacun, vous lui répliquâtes sèchement : « moi ! je prépare mes cours ! moi ! » pour résumer que la chose qui vous importait le plus au monde c’étaient la fidélité au savoir rigoureux de la mathématiques, vos étudiants et chercheurs : assistants et maîtres assistants qui en dépendaient idéalement.
Responsable aux plus hautes instances de l’Université, vous aviez continué à assurer donc vos cours qui, aux dires de vos étudiants, actuellement Docteurs d’Etat dans diverses branches de la Mathématique, comportaient la plupart du temps une énigme donnée en fin de séance, sous forme d’un thème de recherche, le point final d’une quelconque démonstration n’existait pas chez vous parce qu’alors débutait une question à résoudre pour vos étudiants, façon pour vous de les initier à la recherche continue.
Vous fûtes un symbole pour nombre d’entre nous, pour ne pas dire pour une génération entière, à qui vous aviez appris les mathématiques, ce puissant outil tant de l’esprit que de la pratique, outil permettant des applications dans de nombreux domaines, depuis les sciences de l’ingénieur jusqu’à la recherche fondamentale en passant simplement par l’acquisition de la raison critique propre à l’honnête citoyen, doué du bon sens et donc être bien pensant.
Vous resterez présent au fond de nous tous, vos élèves, vos étudiants devenus, à leur tour, Professeurs et Hauts Cadres, tant en Algérie que dans le monde entier où vous avez essaimé le savoir mathématique, bref de tous ceux qui vous ont approché.
Puissent les autorités scolaires et universitaires, que dis-je, la Nation entière, pérenniser votre nom en en baptisant amphis, instituts et grandes places, de sorte que les générations à venir aient à se rappeler monsieur TOURI Rachid à bon escient, s’en imprégner et agir avec logique et pertinence.










Djamel BENCHENOUF on أح, 8th فبراير 2009 5:19 م
Merci pour cet émouvant témoignage. Je me rappelle de Monsieur Touri lorsqu’il était Directeur de l’Ecole du stand. J’habitais alors dans les “batiments” des “allées Bocca”, et Monsieur Touri, avec son imper, son chapeau mou, et l’autorité qui émanait de lui, était pour nous, les enfants du quartier, un mystère.
Voici, ci après un texte où j’évoque son souvenir:
La leçon de Aissa Meguellati
Monsieur Aissa Meguellati, originaire de la petite bourgade d’El Kantara, à mi chemin entre Batna et Biskra, était l’un des hommes les plus riches d’Algérie, à l’instar des autres riches négociants algériens qui constituaient la grande bourgeoisie du pays, au lendemain de l’indépendance. Une bourgeoisie qui avait bâti sa fortune au fil des générations, à force de travail, de persévérance, d’économies, dont la moralité, l’intégrité, le sens de la réserve étaient des principes cardinaux. Ces familles fortunées auraient pu devenir le moteur et le support de l’économie naissante. Elles auraient pu lui inspirer le grand souffle moral sans lequel aucune richesse ne peut être profitable à la multitude. Elles avaient su s’imposer aux autorités coloniales sans trahir leur peuple, sans rien compromettre de leur attachement à leur pays . Elles ont toutes, plus ou moins puissamment, contribué à la révolution algérienne. Mais elles n’en seront pas moins balayées par le régime de Boumediene, parce qu’elles lui étaient foncièrement hostiles, parce qu’elles n’adhéraient pas à ses visées, à la médiocratie triomphante de ces apparatchik revanchards qui les désigneront, au nom d’un socialisme de façade, à la vindicte et à la rancune de la rue, qui les accableront de crimes qu’ils n’ont pas commis et surtout de celui, impardonnable, d’être riches et honnêtes. Deux critères qui ne pouvaient être conciliables, pour les nouveaux maîtres. Ils seront poussés inexorablement à la ruine. Ils seront brutalement dépossédés de leurs biens ancestraux, pour être remplacés par une nouvelle caste de nouveaux riches. Des arrivistes et des parvenus sans scrupules, voraces, brutaux, corrompus jusqu’aux tréfonds de leur âme, si tant est qu’ils en aient une. De nouveaux riches qui ne s’embarrasseront de rien pour amasser d’immenses fortunes, qui en feront un étalage outrancier et qui ne transmettront à leur engeance que leurs seules turpitudes et une faim insatiable qui ne les quittera jamais.
Monsieur Aissa Meguellati était l’un des plus influents et des plus riches de cet aréopage de riches algériens qui se trouveront donc, dès l’indépendance du pays, exposés à l’ire et à l’envie dévorante des nouveaux satrapes. Il vivait à Batna dans une modeste, mais non moins coquette petite villa. Petit, râblé, les cheveux coupés à la brosse, âmmi Aïssa, comme nous l’appelions tous, était la bonhomie et la gentillesse personnifiée. Il pratiquait une charité très discrète, à très large échelle, venait au secours des plus démunis, et Dieu sait qu’il y en avait à l’époque. Il vaquait à ses affaires en Algérie et à l’étranger comme s’il dirigeait un petit commerce, avec l’aisance du grand négociant et la modestie des hommes pudiques, prudent mais grand seigneur. Il attachait une grande importance à l’instruction de ses enfants. Ses deux fils Nadir et Djamel devinrent respectivement juriste et ingénieur. Ils furent recrutés par leur père dans l’entreprise familiale. Le premier en devint le directeur administratif et le second directeur technique. Ils firent tout ce qui était en leur pouvoir pour résister aux agressions incessantes du régime. Mais la tentative de renversement du régime de Boumediene par Tahar Zbiri les précipita dans l’enfer. Il se trouva donc, malheureusement pour eux, qu’ils étaient parents par alliance au colonel Tahar Zbiri. C’était tout ce que demandait Boumediene pour assouvir enfin la rancune mortelle qu’il nourrissait à leur endroit. Ammi Aissa fut arrêté, ainsi que son frère, ses fils et même des femmes de la famille, semble-t-il. Ils furent soumis à la question et furent détenus pendant de longues années, sans jugement, dans des conditions atroces. Je me rappelle que le frère de âmmi Aissa, un négociant de dattes dans le quartier Souk el âsser, fut arrêté et ses biens placés sous séquestre. Sa famille tomba dans l’indigence. Ses deux fils, qui étaient mes amis, Rabah et Mansour, faisaient peine à voir. Depuis, le malheur et la zizanie se sont installés dans la famille. Des années plus tard, après leur libération, les Meguellati n’étaient plus que l’ombre de leur passé. Ils tentèrent courageusement de combattre l’adversité. Mais le cœur n’y était plus. Les horreurs que le régime leur avait fait subir avaient altéré les nobles sentiments dans lesquels ils s’étaient épanouis. Ils se sont retrouvés dans une jungle où seuls les fauves et les charognards avaient table dressée. J’ai perdu leur trace et je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Je sais seulement que âmmi Aissa est mort, que ses fils Djamel et Nadir se sont installés à Alger et qu’ils ne s’entendent plus. Que mon ami Mansour est avocat à Alger, qu’il a changé, qu’il a juré de ne pas se laisser bouffer. Mais une anecdote est restée dans mon esprit. Elle y restera jusqu’à mon dernier souffle. Je voulais vous la raconter d’emblée et à ce souvenir, mes doigts sont entrés en pilotage automatique. Ils couraient de leur propre chef sur mon clavier et je me suis laissé aller à cette longue digression. Je ne le regrette pas néanmoins, parce que cela m’a permis de rendre justice, bien modestement, à cette admirable famille et à toutes celles que le régime a broyé, pour leur malheur mais aussi pour le nôtre, puisque ceux qui les ont remplacés, ces milliardaires du régime, loin d’enrichir la communauté que nous sommes, se nourrissent de sa chair et de son sang.
Je me rappelle donc, que dans mon enfance, la villa des Meguelatti se trouvait à un angle des allées Ben Boulaïd. La villa faisait face à l’école où j’allais, l’école du stand, l’école indigène de garçons. C’était juste après l’indépendance. Batna était alors une coquette petite ville. Les temps étaient durs et peu de gens mangeaient à leur faim, mais il régnait pourtant sur nous comme un bonheur délicat, un souffle de douceur. Les aurores étaient si calmes et les rires des enfants fusaient du matin au soir.
Le directeur de l’école, Monsieur Touri était un ancien instituteur Kabyle, si je ne me trompe. Il jouissait du respect et de la considération générale. Je me rappelle même que les gens lui cédaient tout le trottoir lorsqu’ils le croisaient. Nous avions pour habitude de jouer au « foute balle » sur un terrain qui se trouvait à proximité, sous les « batémètes ». Tout le monde savait qu’à heure régulière, Monsieur Touri quittait l’école, où il résidait par ailleurs, pour se rendre à la librairie Djataou qui se trouvait à quelques centaines de mètres de là. Droit comme un I, habillé de façon stricte, un chapeau mou sur la tête, Monsieur Touri, conscient de l’importance qu’il inspirait aux gens, ne déviait jamais de son itinéraire. Il répondait sobrement au salut de ceux qui le croisaient, d’un avare hochement de tête. Puis les journaux sous le bras, il retournait à son école, par le même chemin. Or, curieux comme nous étions, nous avions remarqué qu’à la même heure âmmi Aissa Meguelatti s’arrangeait toujours pour rencontrer Monsieur Touri, comme par hasard, quand celui-ci était sur le chemin du retour; toujours au même endroit. Nous le voyions alors l’aborder avec forces sourires, s’incliner littéralement devant lui, lui serrer la main avec effusion. La rencontre ne dépassait pas quelques minutes, à l’issue de laquelle Monsieur Touri, froid et distant, comme à son habitude, poursuivait son chemin. Nous étions très étonnés. Nous ne comprenions pas comment et pourquoi âmmi Aïssa, si riche, si respecté, qui avait une voiture américaine qui n’en finissait pas de longueur, dont le fils Nadir avait un avion rouge,qui avait 1OO sacs d’argent et 100 autres d’or, comme disait la légende, se confondait ainsi en courbettes devant un simple directeur d’école. Ce mystère impénétrable suscitait des spéculations sans fin dans nos conversations d’enfants qui rêvaient tous d’être un jour comme âmmi Aïssa. Notre chef de bande, le plus âgé et donc le plus perspicace, nous affirmait que âmmi Aïssa faisait la « z’kala » à Monsieur Touri, parce que c’était ce dernier qui avait la clé du souterrain où étaient cachés les sacs d’or et d’argent. Le prestige du directeur d’école n’en grandissait que plus à nos yeux. Il était devenu un personnage de légende et bientôt, plutôt que de vouloir devenir âmmi Aissa quand nous serions grands, nous voulions tous devenir des Monsieur Touri, le gardien des trésors. Il était le meilleur puisque le plus riche s’inclinait devant lui.
Bien plus tard, lorsque je fus admis d’autorité au décevant statut d’adulte, un jour que je m’étais rendu au siège de la société Meguelatti pour y voir Djamel, j’eus le plaisir de rencontrer âmmi Aïssa dans le hall. Je ne pus résister à la tentation de lui poser la question sur ses rencontres d’antan avec Monsieur Touri et sur ses effusions ostensibles à l’égard du personnage. Il se fendit d’un grand sourire et après avoir failli s’étrangler de rire, il me répondit ceci, à quelque chose près: « Je suis très content que toi et tes camarades ayez remarqué avec quelle respect je m’adressais à Monsieur Touri. Je faisais tout pour qu’on me remarque parce que je voulais donner une leçon aux gens. Je voulais que tout le monde voie que la richesse n’est rien face à la connaissance et à la dignité humaine. Et Monsieur Touri était les deux à la fois. Je voyais que les valeurs de notre société s’altéraient et que l’argent prenait le pas sur tout le reste. Alors moi, le plus riche de la ville, je m’inclinais très bas devant le digne représentant des vraies valeurs. Aujourd’hui, je suis heureux de savoir que les enfants qui m’observaient et qui sont devenus les hommes d’aujourd’hui, ont compris que la vraie richesse, celle qui impose le respect, ne se trouve ni dans les poches, ni dans les coffres forts, mais dans l’homme savant. »
Je ne sais pas si la leçon a porté. Mais je sais qu’elle a le mérite d’avoir été donnée. Pour ma part, grâce à elle, j’ai appris à distinguer les gardiens de trésors, ceux sur qui repose la voûte céleste. Je les reconnais toujours.
D. Benchenouf
http://www.lequotidienalgerie.com
moustiri amor on أح, 1st مارس 2009 11:01 ص
merci infinement à Mr.Said Merzouki et Mr.Djamel Benchennouf de nous avoir fait revivre à travers leurs articles plutôt leurs témoignages les trésors cachés de notre belle ville.
ces trésors que tout un chacun d’entre nous doit découvrir dans les valeures inestimables qui ont fait bâtir des nations dont nous dépendons aujourd’hui et à savoir pour combien de temps encore.Existe-t-il d’autres gardiens de trésors à Batna?
j’en suis sûr que si mais qui est en mesure de nous les dévoiler?
A.Moustiri
a on أح, 15th مارس 2009 6:56 م
I was searching today about Prof.Rachid Touri,surprisengly, I found two Commentaries about him, because a student asked me on his curriculum vitae, I have only a breif information , I thank you so much for your information.
Ali Tablit
dami krita on أح, 5th أبريل 2009 6:14 م
monsieur rachid touri est mon grand père et cette lettre m’émus plus particulièrement j’espère moi aussi pouvoir devenir une grande mathématicienne.merci M.MERZOUKI
merzoukisaid on خ, 30th أبريل 2009 12:26 م
la réaction de la petite fille, à la lecture de mon témoignage, m’émeut aussi car il est que من طرق بابا دخل عليه . je dois donc l’inciter à poursuivre ce dur chemin jonché de roses qui, à la longue, s’avèrera fructueux. A bon entendeur salut!
merzoukisaid on ث, 19th مايو 2009 3:18 ص
Je désirerais tant que d’autres témoignages affluent spontanément car il y en a à dire et à redire. Ce que saidmerzouki a pu révéler grâce à Hassina TOURI n’est, j’espère, que le haut de l’iceberg que peut nous rappeler ce monument des mathématiques qu’était monsieur TOURI Rachid رحمه الله. A vos plumes, plutôt à vos claviers. Merci!
merzouki on ث, 19th مايو 2009 3:53 ص
Déjà se rappeler qu’un certain “19 mai 1956″, dont c’est, aujourd’hui, le 53ème anniversaire, fut un drame pour la communauté algérienne tant estudiantine que lycéenne. Decrétée depuis l’indépendance “Journée Nationale de l’Etudiant” ordonnée par l’U.G.E.M.A., venant avant celle de la semaine de grève U.G.C.A.de janvier 1957, soient deux évènements majeurs (comme il y en a bien d’autres pour l’Algérie combattante d’alors), elles eurent pour effet la dispersion de la gente intellectuelle à travers les maquis, sinon dans des rôles subalternes de métiers vivriers tels l’éducation ou l’administration de l’époque ou encore, pour les plus chanceux, la continuation de brillantes études à l’étranger jusqu’à l’indépendance.
Ces étudiants, ayant raté le coche avec un brillant avenir universitaire tant pour leur famille que pour le pays, la patrie reconnaissante leur a-t-elle érigé une commémoration digne de ce que leurs benjamins d’aujourd’hui puissent dire fièrement et à bon escient que leurs aînés ont rempli un devoir avec des sacrifices moraux et physiques surhumains, leur enjoignant de suivre avec plus de perspicacité pour ne pas tomber dans une instrumentalistion des politiques de tous bords, faisant que le “19 mai” soit autrement loué, dans le recueil et le respect dûs aux générations futures.
saidmerzouki-un témoin du siècle dernier-
merzouki on ث, 2nd يونيو 2009 8:18 م
Elle eut lieu cette commémoration du 19 mai 56 au sein de l’université de Batna, université toute pavoisée des couleurs tricolores. Que d’hymnes sonores n’avons-nous pas entendu amplifiés par l’écho renvoyé par les nombreux immeubles des différents instituts de “Hadj Lakhdar” University. Les professeurs vous accueillent et vous dirigent sur l’auditorium abondamment éclairé de lustres. Les officiels sont là à attendre que les responsables inaugurent la Journée Nationale de l’Etudiant Algérien. Ce qui ne tarda pas. Suivent les allocutions qui retracent la naissance de l’Evènement, depuis les causes et les implications jusqu’aux conséquences. Serait-ce que les discours ont trop duré? Toujours est-il que l’amphi s’est vidé peu à peu des étudiants qui, en un défilé continu, se sont mis à quitter l’hémicycle, bravant le regard réprobateur des autorités placées à l’avant de l’auditoire.Après le dernier sermon, vint la clôture et, en sortant, je me suis adressé au premer groupe d’étudiants que j’ai rencontré. “Qu’est-ce qui vous a pris de partir au beau milieu de la cérémonie? -C’est l’eternelle langue de bois!”
“Mais cette histoire vous concerne vous d’abord et en 1er lieu! Ne s’agit-il pas de vos aînés?” Je compris que les acteurs ne sont pas au rendez-vous, ces acteurs qui ont vécu le samedi 16 mai 1956, du moins les survivants; qu’on puisse les voir en chair et en os, vous relatant le drame, leurs attentes… Au lieu de celà on aurait dit un éternel rabachage bien rodé, égal toujours à lui-même, plus beau que la vérité. De quoi assomer nos jeunes d’aujourd’hui qui “veulent voir pour croire”. C’est ce que j’ai répété un instant plus tard à un responsable du rectorat qui eut cette réponse à mon vis-àvis: “Vous connaissez ces jeunes, jamais contents!-Mais le spectacle manquait d’attrait! Pourquoi n’avez-vous pas invité X, Y,…qui ont beaucoup de choses à raconter? Les connaissez-vous? -Pardi, que j’en connais quelques uns! -Donnez-nous les noms et l’année prochaine nous nous faisons fort de les inviter aux premières loges!” Voudront-ils se déranger ces surblasés?
merzouki on س, 4th يوليو 2009 7:17 م
le jeudi 2 juillet à 9h eurent lieu les retrouvailles des Anciens Elèves du Collège Moderne de Batna, d’abord en Assemblée Générale (la 3ème depuis 2004) à la salle des Actes de l’Université Hadj Lakhdar. Les anciens, aux cheveux gris pour ne pas dire argentés sinon porteurs de calvities prononcées, les anciennes fort coquettes mais quelque peu ridées par les ans, se sont congratulés avec une émotion évidente, s’attendant à en revoir bien d’autres, mais ceux-là (ou celles-là) furent absents parce que les uns retenus, d’autres indisposés, ne purent faire le voyage jusqu’à Batna.
Le maire de la ville s’est pris spontanément de sympathie avec ces promotions résurgies cinquante ans après, les visages épanouis malgré les rides apparentes, transfigurés par la joie de “revoyures”. On mit longtemps à démarrer les travaux de cette session. On passe de l’un(e) à l’autre, suspendant une conversation lorsqu’un(e) 3ème vous appostrophe, les cercles de retrouvailles s’aggrandissant. On constate per endroits des “timides” qui n’en sont pas, ce sont de plus jeunes, lorsqu’arrivés au Collège, n’ont pas connu certains aînés parce partis plus tôt,dans des promotions antérieures, mais les connaissances se tissent parce déjà ils en ont entendu parler.
On discourut sur un éminent professeur de mathématiques qui les a tous marqués, en l’occurence monsieur TOURI Rachid, devant le maire qui, gagné par l’émotion générale, promit de pérenniser son nom dans la ville où il avait commencé sa brillante carrière pédagogique et scientifique.
Les débats, après lecture des rapports moral et financier, ont suivi, chacun disant son avis pertinent sur la gestion et le devenir de l’Association, proposant des objectifs ambitieux quant au devenir d’une jeunesse en perte de valeurs.
Le renouvellement de confiance en le bureau actuel fut unanime pour le mandat à venir; les recommandations pressantes quant à l’inauguration prochaine d’un site internet pour rapprocher davantage, dans l’espace et le temps, ces épaves du passé qu’un jour l’idée de Cheïkh BOUZID a amalgamé en AAECMB.
La matinée s’est terminée par un copieux repas au réfectoire du Collège que monsieur le Directeur de l’Education a spontanément autorisé pour la circonstance. Durant le repas, ça et là, se sont élevés des chahuts qu’aucun Maître d’Internat n’a eu à réprimer. Des photos furent prises tout au long de la matinée, comme en fin de repas, dans la cour de récréation, maintenant dallée comme une table de billard.
BENAMGHAR MOHAMED LARBI on خ, 6th أغسطس 2009 9:51 ص
Merci MERZOUKI pour cet homage à ce grand personnage que j’ai connu comme toi
Commère on ث, 20th أبريل 2010 10:56 ص
Le hasard d’une recherche sur Germaine Tillion et Fatima Hamdiken, me conduit à cet article où j’ai la bonne surporise de voir citée Madame Commère, professeur de science physiques au lycée de Batna. J’y ai été moi-même, René Commère, professeur de’histoire et géographie de 1958 à 1961. C’est dans cet établissement que j’ai passé en 1960 le CAPES. J’y ai aussi été secrétaire local du Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES), et me souviens d’avoir organisé une grève des heures supplémentaires, alors que bienentendu, vu les circonstances, il n’y avait pas de droit de grève dans l’Algérie d’alors….Avec M. Fenech, architecte, nous avons créé une délégation des Jeunesses Musicales de France, ce qui a permis à d’excellents artistes de venir apporter aux jeunes Batnéens donner l’occasion d’entendre des concerts classiques de haut niveau.
Le lycée avait alors une bibliothèque extrordinairement riche dont j’espère qu’elle a été conservée…et même sans doute enrichie depuis.
A Batna sont nés nos deux fils aînés, Bernard et Pierre, qui n’ont pas encore eu l’occasion ni la possibilité de visiter leur ville natale.
J’ai donc connu et apprécié comme collègue Monsieur Touri, comme Monsieur Bouzid, Mlle Hamdiken, M. Chibane (M. Pelous, Mme Malpel, M. Dupuis, M. Kateb (devenu sous-préfet après avoir été un jovial et cordial intendant du lycée), et d’autres.
En 1971, j’ai eu le plaisir, accompagnant une excursion de géographie de mes étudiants de Saint-Etienne, d’être hébergé avec eux trois jours à l’internat du lycée. Je me souviens de l’accueil chaleureux des personnes qui m’avaient connu, dont par exemple M. Guédry.
Puisqu’il existe une association des “anciens”, ma femme et moi nous y joindrions , et tout au moins aimerions avoir de temps en temps des nouvelles de cette association.
Car malgré la situation de guerre civile de l’époque, nous gardons le meilleur souvenir des quatre années scolaires passées à Batna et des collègues rencontrés. Il faut dires qu’elles ont été pour nous une sorte de voyage de noces de longue durée….
Je suis heureux, mais un peu tard, d’apprendre que M. Touri a été reçu dès 1963 à l’Agrégation. J’ai moi-même affronté avec succès ce concours en 1965, alors que j’étais professeur au lycée de Firminy. Ma carrière s’est achevée par 25 ans d’enseignement de géographie à l’Université de Saint-Etienne.
A bientôt pour des nouvelles de lAssociation, des Anciens, du lycée, et de Batna ! Je consulterai régulièrement Batna Info, dont j’ignorais l’existence jusqu’à aujourd’hui !
MERZOUKI on ث, 15th يونيو 2010 11:25 م
bien heureux de lire le commentaire de monsieur Commère qui nous donne de ses nouvelles et celles des siens, dont sa femme, ma prof de sciences physiques durant les années de seconde et de première, et lui-même durant les années précitées alors que nous vivions en internat, malgré la guerre, une ambiance familiale ponctuée de sorties en week end, temps où nous voyions passer des hivers rigoureux, enneigés, choses que nous vivons rarement maintenant pour dire que Batna n’échappe point aux fluctuations climatiques que le monde accuse à travers toutes les latitudes.
M. & Mme Commère doivent se rappeler leurs élèves, qu’ils fussent européens ou algériens, élèves combien studieux pour la plupart sans oublier les cancres qui faisaient des leurs, surtout quand arrivent les compositions, avec des séances empreintes de copiage en série, complicité de mme Martin la concièrge, devant passer avec le registre des absences, registre dont profitaient les “copains” embusqués en “permanence” où ils rédigeaient des doubles feuilles entières sur le sujet du jour. le plus jeune des GREAU l’emportait toujours (hors triche bien entendu en ce qui le concerne) avec un premier prix (Je me contentais de l’accessit). L’époque m’est restée gravée parce qu’avec M. & Mme Marquet, des pédagogues hors pair, ont su se faire estimer, sans oublier l’équipe que dirigeait M. Azéma notre “Jean Gabin”. Oui l’Association des Anciens Elèves du Collège de Batna se prépare à se pourvoir d’un site internet pour très bientôt, souhaitant que d’autres professeurs et des élèves, éparpillés à travers l’Algérie, la France et ailleurs, puissent se lire à l’instar des “COMMERE” qui viennent de nous raffraîchir la mémoire des années 58, 59, 60 et 61.
Merci monsieur SYNCLINAL.