Crimes contre la mémoire

مارس 3, 2010 
sous l'Actualité

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Des monuments funéraires datant d’environ 5000 ans ont été mis au jour à M’Sila dans la commune de Aïn Zitoun par un archéologue algérien, a rapporté hier l’APS. La découverte, loin d’être une fin en soi, implique le lancement d’un long travail de recherche et d’exploitation. D’autant que l’archéologue parle de «sépultures protohistoriques» c’est-à-dire avant l’existence de l’écriture. Ce qui rend la tâche des chercheurs plus ardue. L’effort, cependant, vaut la peine d’être fourni. Pour notre histoire. Notre mémoire. Nos racines. Malheureusement, les raisons qui poussent au pessimisme et à douter d’une prise en charge sérieuse de la découverte, ne manquent pas. Parmi ces raisons se trouvent bon nombre de vestiges historiques délaissés. Sans remonter très loin dans le temps, il n’y a qu’à voir l’état dans lequel se trouvent les vieilles médinas que certaines de nos villes ont la chance d’avoir. Précisément et à ce sujet, nous avons rapporté, dans notre édition d’hier, le cri de membres d’une association de sauvegarde de la Casbah d’Alger. Si la vieille médina de la capitale se meurt sans que cela n’émeuve nos responsables, il n’y a pas à espérer mieux pour celles des autres villes du pays. Que c’est beau d’entendre des voix glorifier notre patrimoine immatériel! De les entendre nous rappeler sa reconnaissance par l’Unesco! Et puis, on éteint les micros. La dégradation peut se poursuivre. La mémoire peut continuer à se diluer au gré des intempéries et des déprédations humaines. Ce n’est pas un cri d’alarme qui sied le plus aujourd’hui, c’est un cri de colère. Car enfin, et près d’un demi-siècle après l’indépendance, aucune décision responsable n’a été prise pour sauver ces pans de notre histoire. Est-il si surhumain de sauver la Casbah? Il suffirait de clôturer la vieille ville, de reloger (au même titre que ce qui est fait pour les logements précaires) les personnes qui habitent ce monument, de restaurer ce qui peut encore l’être et ériger le tout en musée. Ce qui créerait des emplois (gardiens, guides, agents de maintenance…) et des ressources (droits d’entrée et autres locations pour des tournages de films) à même d’assurer, sans puiser indéfiniment sur les fonds publics, l’entretien des lieux ad vitam aeternam. Ce qui permettrait surtout d’y enseigner de manière vivante aux grands et aux petits (visites d’écoliers) cette riche partie de notre histoire. Toujours dans la capitale, il y a des monuments que l’Etat lui-même aide à la déperdition comme la Villa du Traité qui abrite une structure sanitaire. Ou encore Dar Aziza occupée par une administration. Et bien d’autres tristes exemples. Il y a de quoi, non pas crier, mais hurler de colère devant une telle indigence culturelle! Actuellement, un énorme cratère a été ouvert pour des fouilles au pied de la Casbah. Une action dont le sens échappe à la raison quand ce qui est à l’air libre est délaissé au profit de ses entrailles. Que de vestiges sont dans le même état! Rien ne peut justifier de tels actes. Ce ne sont ni plus ni moins que des crimes contre la mémoire d’un peuple. Alors les «sépultures protohistoriques» découvertes à M’Sila…L’écriture existe aujourd’hui, mais l’ignorance et la bêtise humaine aussi. Amendement de la Constitution ou pas.

Zouhir MEBARKI

in l’expression du 3.3.2010

commentaires

One Comment on "Crimes contre la mémoire"

  1. kader fatahi on س, 6th مارس 2010 3:26 ص 

    Bravo M.MEBARKI! Vous avez vraiment trouvé la solution pour sauver la Casbah. Ou sont les associations qui, depuis 30 ans se triturent les méninges alors que la clé était là devant leurs yeux. Merçi M.MEBARKI.

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