L’insurrection de l’Aurès en Mai 1879 : Histoire d’un guerrier Chaoui « Mohand Ameziane »

مايو 30, 2010 by amamra  
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par S .DOUCHMANE

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Ceux qui croyaient les chaouis des Aurès domptés par la misère furent détrompés par les évènements qui éclatèrent en fin du mois de Mai 1879; au cœur même de l'Aurès.

Le 30 mai 1879, Une bande de 200 à 300 insurgés, Lehalha, Touaba, Beni Bou Slimane se soulevèrent à la voix de mohand Ameziane  Ben-Djarrallah alias Bouhkanoucht : Un véritable guerrier  né au village de Djarallah, chez les Beni Bouslimane. Comme beaucoup de ses compatriotes, il avait émigré de bonne heure, abandonnant les montagnes arides qui forment la ceinture orientale de l’oued El Abiod, pour venir s’établir au pays des Touaba beaucoup plus fertile. Il devint  marabout. Son influence s’étendit sur les Lehalha, les Touaba et les Beni Bouslimane qu’il réunissait en grand secret dans la mosquée d’El Hammam. Ces montagnards se sont révoltés au moment où leurs récoltes étaient encore sur pieds. Les insurgés s’attaquèrent immédiatement aux trois caïds les plus voisins d’eux. C’était indiquer nettement qu’on en voulait surtout aux délégués de commandement français, à la conquête française elle-même. Dans sa première phase du 30 Mai au 7 Juin, que l'on peut appeler phase des Caïds, l'insurrection était incontestablement un succès contre les représentants de la domination française, elle était également une réussite pour Mohand Améziane qui a réussi à soulever la plus grande partie du massif auressien et obtenir même le soutien de certaines tribus qui entrèrent dans le parti des révoltés tel que  les Chorfa, Les Ouled Ali ben Flouss des Beni Oudjana de Khenchela enfin les beni Melkem, les Serahna et les Ouled sidi Mohamed de l'Ahmar Kheddou. Le nombre total des insurgés était estimé à 1200.Les autorités militaires  s’étaient effrayées et prirent les précautions nécessaires pour ne point redouter un échec. Un mouvement de trois colonnes (Celle de Batna, Biskra et Khenchela) vers le massif en insurrection s’est exécuté de façon à enserrer chaque jour les résistants dans un cercle plus étroit. Les révoltés avaient  échoué dans une attaque du 8 au 9 juin contre le caravansérail de Rebaa. Dans ce camp à 35 km de Batna sur la route de Batna à Khenchela; le parti des révoltés avait subi des pertes sensibles, qui mirent un terme à la marche offensive de l'insurrection. C'est le combat livré sur ce point qui avait décidé du sort de la révolte; il précipita l'émigration en Tunisie de Mohand Ameziane et quelques fractions des Aith Lehlouh. Les agents du Bey de Tunis l'arrêtèrent à Gabes chez le Bech Mefti de cette localité il fut livré à la France en Janvier 1880.]

les Auresiens ont toujours su allumer et conserver le flambeau de la liberté, comme en témoigne: Le flambeau de l'insurrection auresienne de 1849 (du leader Si Sadoq) ,de 1859, ( du leader Si Abdelhafid), de 1879 (du leader mohand Ameziane),de 1916 (du leader Ugzelmadh) et enfin le flambeau de la revolte de 1954 (du leader Mustapha Ben Boulaid). Le flambeau de la liberté n'a jamais été éteint en Aurès, et c'est le même qui éclaira l'indépendance de l'Algérie en 1962.


MASSINISSA Le plus célèbre roi amazigh de l’Antiquité, unificateur de la Numidie

مايو 28, 2010 by amamra  
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Massinissa, dont le nom était transcrit MSNSN sur les stèles libyques -à lire probablement mas n sen “leur seigneur”- était le fils du roi Gaïa.
On connaît très peu de choses de Gaïa mais on sait que sous la direction de ce souverain, le royaume massyle avait commencé à atteindre un haut degré de civilisation, mais Syphax, le roi des Massaessyles rivaux, n’avait pas cessé de le harceler, s’emparant, à chaque fois qu’il le pouvait, de ses villes et territoires. Rome soutenant Syphax, Gaïa s’était allié aux Carthaginois. Il leur fournit, en échange de leur protection, des troupes que le jeune Massinissa commanda en
Espagne, à partir de 212 ou 211 avant J.C. jusqu’à l’automne 206, avec de fréquent: voyages en Afrique. La guerre ne tarda pas à tourner en faveur des Romains. Les Carthaginois, battus à Ilipa, perdirent leurs possessions en Méditerranée. Le général Scipion qui commandait l’armée romaine en Espagne, songeait à porter la guerre en Afrique, mais il voulait, auparavant s’assurer le soutien des royaumes numides. Il avait déjà gagné l’amitié de Massinissa, avec lequel il avait passé accord secret, puis il se rendit en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de joindre à l’alliance. Mais le roi massaessyle, ayant eu vent de l’accord avec Massinissa, s’était déjà rapproché de Carthage.

Gaïa mourut cette année là et la royauté passa, la règle de succession des royaumes amazighs, au mâle le plus âgé de la famille, son frère Oezalcès. Celui-ci ne tarda pas à mourir à son tour. Un de ses fils, Capusa, lui succéda un homme sans envergure qui vit aussitôt se dresser contre lui un certain Mazetul qui devait appartenir à une à une branche rivale de la famille. Capusa fut tué au cours d’un combat mais Il ne prit pas le titre de roi. Il le conféra au frère de Capusa, Lacumazes, qui était un enfant. Or le trône devait revenir cette fois-ci à Massinissa, devenu l’aîné des enfants de la famille. Le jeune homme, se sentant lésé, quitta l’Espagne, avec une troupe de cavaliers, décié à faire valoir ses droits.

Lucamazès appela Syphax à son secours. Le puissant roi massaessyle chassa Massinissa mais, en retour, il annexa le royaume massyle.

Massinissa, réfugié dans les montagnes, avec une poignée de fidèles, connut une vie de proscrit. Il ne continua pas moins à harceler ses ennemis et les hommes de Syphax ne réussirent pas à venir à bout de lui.

Son heure arriva quand Scipion, décidé à en finir, avec Carthage, débarqua en Afrique. Le rusé Romain essaya une nouvelle foi, d’attirer Syphax jetant de nouveau l’alliance proposée, il se tourna de nouveau vers Massinissa, Les premiers combats tournèrent en faveur des deux alliés Ces derniers, encouragés par leurs succès, s’attaquèrent à Uttique, place forte carthaginoise, mais l’intervention de Syphax, les obligea à se retirer. ils prirent leurs quartiers d’hiver et Scipion, en cachette de Massinissa, entra de nouveau en contact avec Syphax. Faute de le détacher des Carthaginois, il lui demanda de proposer une solution pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax proposa que les Carthaginois évacuent l’Italie, où ils sont en campagne, en échange les Romains quitteraient l’Afrique. Si le général Asdrubal, qui commandait les Carthaginois accepta l’offre, Scipion, qui voulait en fait la reddition pure et simple de la Cité punique, la rejeta.

Massinissa et Scipion reprirent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d’hommes, se retira dans son royaume.
Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseraient pas de répit, décidèrent, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l’offensive. Ils levèrent une forte armée qui, rejointe par Syphax, donna l’assaut. Ce fut la bataille des Grandes Plaines (avril 203 avant J.C) qui s’acheva par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion.
Il y eut un répit au cours duquel chaque camp reconstitua ses troupes, puis la guerre reprit. Un combat s’engagea entre Massinissa et Syphax, et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, était sur le point de l’emporter, quand l’armée romaine intervint. Jeté à terre, Syphax fut arrêté. On l’enchaîna et on le conduisit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état, décida de se rendre. Massinissa, après plusieurs années d’errance, put ainsi reprendre le royaume de ses pères.
Carthage, vaincue, fut obligée de signer une paix qui la priva d’une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour de Hannibal, qui avait mis fin à la campagne d’Italie, souleva les espoirs de la Cité.Un incident rompit bientôt la paix et la guerre reprit.

Hannibal s’allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama (soit l’actuelle Souk Ahras, en Algérie, soit Jama, en Tunisie) et une grande bataille s’engagea (202 avant J.C). Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis la bataille tourna à l’avantage de Massinissa et de Scipion. L’historien latin Tite-Live fait un récit très imagé de cette bataille :
“Un combat singulier s’engage entre Massinissa et Hannibal. Hannibal pare un javelot avec son bouclier et abat le cheval de son adversaire. Massinissa se relève et, à pied, s’élance vers Hannibal, à travers une grêle de traits, qu’il reçoit sur son bouclier en peau d’éléphant. Il arrache un des javelots et vise Hannibal qu’il manque encore. Pendant qu’il en arrache un autre, il est blessé au bras et se retire un peu à l’écart… Sa blessure bandée, il revient dans la mêlée, sur un autre cheval. La lutte reprend avec un nouvel acharnement, car les soldats sont excités par la présence de leurs chefs. Hannibal voit ses soldats fléchir peu à peu, certains s’éloignent du champ de bataille pour panser leurs blessures, d’autres se retirent définitivement. Il se porte partout, encourage ses hommes, abat par-ci, par-là ses adversaires, mais ses efforts demeurent vains. Désespéré, il ne pense qu’à sauver les restes de son armée. Il s’élance en avant, entouré de quelques cavaliers, se fraie, chemin et quitte le camp de bataille. Massinissa qui l’aperçoit se lance avec son groupe derrière lui. Il le presse, malgré la douleur que lui cause sa blessure, car il brûle de le ramener prisonnier. Hannibal s’échappe à la faveur de la nuit dont les ténèbres commencent à couvrir la nature.”
Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité fut révisé et la cité punique dut restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta et essaya de s’opposer au traité mais menacé d’être livré aux Romains, s’enfuit en Syrie où il se suicida en 143 avant J.C.

Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses années. Il garda sa vie durant l’amitié de Rome mais il ne fut pas son vassal et, contre ses appétits impérialistes, déclara, dans une formule célèbre, que l’Afrique appartenait aux Africains. Il récupéra non seulement les territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage mais aussi de nombreuses villes régions sous l’autorité des Carthaginois ou Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il occupa soixante dix villes et forts !

L’oeuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son oeuvre militaire. Il sédentarisa les amazighs, il les unifia, il édifia un Etat Numide puissant et le dota d’inscriptions, inspirées de celles de Rome et de Carthage. Il fit une monnaie nationale, entretint une régulière et une flotte qu’il mit parfois au de ses alliés romains.

Massinissa qui était un rude guerrier, encouragera la littérature et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers. C’était un homme courageux, qui garda jusqu’à un âge avancé, une grande vigeur. Il pouvait rester une journée entière à cheval et, comme le dernier de ses soldats, supporter toutes les privations. Il avait quatre vingt huit ans quand il commanda une bataille contre les Carthaginois. Le lendemain, Scipion Emilien le trouva debout, devant sa tente, mangeant un morceau de galette, qui formait son repas.
Mais il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant, dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient chargées de vaisselle d’or et d’argent et où se produisaient les musiciens venus de Grèce.

Massinissa avait combattu les Carthaginois mais il ne dédaigna guère la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage. La langue punique fut sage courant dans sa capitale où on parlait également, en plus du amazigh, les langues grecque et latine.
Il eut plusieurs épouses et un nombre considérable dont quarante trois mâles. La plupart disparurent avant lui mais il en resta, à sa mort, une dizaine. Il aimait les enfants et il gardait autour de lui ses petits-enfants. Un marchand grec, étant venu acheter des singes en Numidie, pour distraire les riches, il dit “Les femmes de votre pays, ne vous donnent-elles pas des enfants ?”

Massinissa fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée et l’île de Delos, en Grèce, lui éleva trois statues. Vers la fin de sa vie, il voulut s’emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Les Romains qui redoutaient qu’il n’acquière une puissance encore plus grande que celle des Carthaginois et qu’il ne se retourne contre eux, s’opposèrent à ce projet. Caton, attirant l’attention sur le danger que représentait Massinissa, lança sa célèbre formule: “Il faut détruire Carthage! ”
Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d’âpres combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement rasée (149 avant J.C). Massinissa, mort quelques temps plus tôt, n’avait pas assisté à la chute de la ville convoitée. Ses sujets, qui l’aimaient, lui dressèrent un mausolée, non loin de Cirta, sa capitale, et un temple à Thougga, l’actuelle Dougga, en Tunisie.

Brahim Hachani, un militant intègre

يوليو 15, 2009 by admin  
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Par la discussion avec des anciens militants, et lorsqu’on évoque le passé politique, beaucoup de souvenirs remontent en surface. A cette effet, j’ai voulu par ce témoignage et par acquis de conscience rétablir les faits historiques, relatifs à l’activité militante d’un ami et compagnon de lutte qui a été touché immoralement dans son intégrité.

Je raconte cette « anecdote » douloureuse qui me tenait à cœur et dont voici les faits : Alors que j’étais de passage à Batna en 1951, comme de coutume, je rendais visite aux amis responsables dans la localité. Ceux-ci me sollicitèrent pour être témoin avec eux d’un fait qui les avaient intrigués. En effet, un dénommé François, commissaire de police, nouvellement installé à Batna, affichait un zèle à traquer les militants nationalistes et à neutraliser leurs activités indépendantistes. Il choisit pour cible le premier responsable régional, en l’occurence Hachani Brahim qui est très actif, dynamique et un battant infatigable. Ce dernier était permanent du MTLD, il fit venir sa famille et s’installa dans la ville, place Herbillon, dans le quartier populaire. On activait en toute légalité, et tous les jours, il se rendait au siège du parti, au centre-ville, qui est gardé la nuit par un vigile.

En arrivant ce jour-là, le veilleur trouva un pli qui a été glissé sous la porte. Il le remit au responsable local, Bouchkioua Younès. Ce courrier émanait du sinistre commissaire de police ; il s’agit d’une invitation adressée pour un rendez-vous au chef de daïra du parti, Hachani Brahim, lui demandant de se rendre au quartier du parc à fourrage, en dehors du centre-ville. C’était un piège pour ternir l’image du responsable MTLD, en le faisant passer pour un informateur au service des renseignements généraux. Mes amis donc, profitant de ma présence, me demandèrent de les accompagner au lieu du rendez-vous, en retrait pour ne pas être vus. Nous attendîmes la rencontre souhaitée par le commissaire. Après une longue attente, personne ne s’était manifesté, aucun des deux ne s’était présenté. En conséquence, nous avons conclu que c’était une cabale que les services de la PRG ont l ’habitude de monter pour créer la suspicion entre militants au sein du parti.

Nous avons, Younes Bouchkioua, Abdelhamid Boudiaf, Mustapha Bekhouche et moi-même rédigé dans ce sens un rapport adressé à la direction du parti à Alger. De notre part rien n’a transpiré, pour nous, une affaire classée. Malheureusement, le contenu de ce document a été mal interprété par certains, et a été divulgué, ce qui porta atteinte à 1 ’honorabilité du responsable, Brahim Hachani. Certains responsables, mal intentionnés, ont manqué de discernement politique, ils sont tombés dans le panneau des services spéciaux ennemis. Il est navrant qu’un haut dirigeant qui ne s’était pas rendu compte de la grossière manœuvre policière ait publié dans ses mémoires ce mensonge éhonté, préjudiciable à l ’honorable Brahim Hachani. J’avais abordé avec si Abdellah Bentobal, cette triste affaire. En tant que responsable avisé, il m’avait affirmé qu’il avait déjoué ce complot ourdi contre son ancien responsable politique auquel il vouait une grande considération.

Pendant la révolution, « si Lakhdar » se trouvait dans le secteur, et il a été mis au courant de cette soi-disant « collaboration » de si Brahim. Conscient, vigilant et subtile, il donna à ses subordonnés des consignes pour mettre si Brahim à l’épreuve. Ce dernier a prouvé son engagement sans réserve, il a démontré sa bravoure dans ce combat. D’ailleurs, en 1950, au moment où une répression féroce s’abattait sur les militants, suite à la découverte de l’OS (organisation spéciale), Brahim Hachani, chef de daïra de la région de Batna, avait été chargé par le parti, avec quelques responsables locaux, d’aider Mustapha Benboulaid dans la prise en charge des « recherchés » qu’on surnommait les « irréguliers », pourchassés par les services de sécurité, afin de les acheminer vers le maquis des Aurès et les mettre en sécurité et à l’abri d’éventuelles arrestations. Il s’était acquitté sérieusement de cette tâche, si Brahim n’a jamais démérité. C’est ignoble d’avoir voulu le salir.

Par Kechida Aïssa

el watan Edition du 16 juillet 2009

Plaidoyer pour une indépendance basée sur l’intelligence

يوليو 9, 2009 by amamra  
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Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

// in l’expression du 9 juillet 2009//

«

Ce fut une fête énorme, tonitruante, formidable, déchirante, d’un autre monde. Des hauts de la ville jusqu’à la mer, les youyous vrillaient le ciel. C’était la nouvelle lune.»
Jules Roy (Mémoires barbares)

On le sait. Avec un rituel de métronome, chaque année nous réchauffons péniblement une symbolique à laquelle les jeunes ne donnent par l’importance qui lui revient n’ayant pas été suffisamment éduqués dans le culte de la patrie. Etre libre, est-ce être indépendant? La liberté peut-elle se définir par l’absence de contraintes, l’indépendance signifiant n’être soumis à rien ni à personne, être sans entraves? Sommes- nous indépendants? Qu’en est-il de l’emblème national qui a fait l’objet d’une manipulation sans gloire, l’année dernière, qui veut que chacun arbore ce morceau de tissu au fronton de sa porte, singeant par là les Américains qui eux ont intériorisé la dimension magique du drapeau? Parler de l’histoire et du drapeau national en ce 47e anniversaire de l’indépendance, nous fait remonter le temps, où l’étendard en est le symbole de fierté de la victoire. Il a toujours été porté par un soldat élu ou désigné, selon les critères de courage, de conviction et de foi. Serait-il aujourd’hui pour les générations de comprendre à la fois la signification historique et la symbolique que peut représenter l’emblème national dans la vie d’une nation. Depuis, le drapeau a pris une importance capitale dans les guerres et l’identification des nations. La forme et la couleur s’identifient avec le peuple. Le croissant a été de tout temps le symbole de l’Islam. Avec Arroudj Barberousse, notre pays menant une guerre contre les Espagnols réalisa un drapeau tricolore, vert-rouge-jaune, qui resta jusqu’à Kheïreddine Barberousse. (….) En 1830, l’Emir Abdelkader réalisa le drapeau de la nation dans une couleur toute blanche centré par une main ouverte, selon le biographe Henri Churchill alors que, selon le professeur Djermane Laïd le drapeau de l’Emir avait deux couleurs, verte et blanche. En 1934, les couleurs du drapeau algérien étaient vert-blanc-rouge, où le vert symbolisait Tunis, le blanc, l’Algérie et le rouge, le Maroc, celui d’un drapeau du Maghreb Arabe Uni. C’est l’Etoile Nord-Africaine de Messali El-Hadj qui a repris, selon Mahfoud Kaddache, les mêmes couleurs, sauf qu’au centre de la couleur verte et à la limite du blanc, il y a un croissant et une étoile à cinq angles de couleur rouge. C’est le 25 avril 1963, loi n°63/145, que l’Assemblée constituante avait défini ses caractéristiques. Après 132 ans de sombres années coloniales (…)(1)
Dans une contribution remarquable le journal La Tribune a donné la parole aux jeunes des différentes régions du pays et leurs aveux sans concession sur ce que c’est le drapeau, l’indépendance qui sont pour nous des leçons de vérité. Ecoutons-les…le temps de cette confession.
Les récentes sorties victorieuses de l’équipe nationale de football ont enflammé la jeunesse algérienne et ravivé des espoirs enfouis et réprimés aux fins fonds de toute une jeunesse désoeuvrée et en mal de repères. Les jeunes, dans leur majorité écrasante, ont défilé dans les rues de la ville, réanimant des quartiers en berne depuis des décennies. (…) Pour comprendre ce revirement, ou du moins cette nouvelle perception vis-à-vis du mot patrie, nous avons demandé à des jeunes dans le quartier de Saint-Pierre ce qu’ils pensent de ces manifestations de joie et de liesse et en même temps ce qu’ils pensent du phénomène de la harga qui a pratiquement placé ces jeunes dans la catégorie des non-patriotes. Benaceur Othmane, 22 ans, agent à la division de la protection de l’environnement (DPE) de la commune d’Oran, a répondu: «Je ne sais pas. J’ai toujours aimé mon pays. Seulement, on ne s’en rend pas compte. La victoire de l’équipe nationale a réveillé en nous cet amour de la patrie, en fait. C’est vrai, nous sommes livrés à nous-mêmes; nous n’avons rien pratiquement. Moi, je travaille en tant que saisonnier depuis plusieurs mois à la mairie et je n’ai toujours pas été payé(…) C’est pour cela que nous avons ces ressentiments et ces remontrances vis-à-vis de la hogra et des inégalités sociales. En situation exceptionnelle, nous serons les premiers au front. C’est notre pays, nous n’en avons pas d’autres. Que Dieu nous préserve. Nous avons des amis qui ont émigré clandestinement, ils nous appellent et ils nous disent combien ça leur manque les gaâdates, les virées et l’ambiance oranaise, bien de chez nous. (…)» Lors des victoires de l’EN, le jeune Fateh n’a pas hésité un seul instant à brandir l’emblème national, à l’embrasser maintes fois et à crier son amour pour son pays. «Je vous en parle et j’ai la chair de poule. Regardez! C’est vrai que nous sommes en colère contre notre condition déplorable, le piston des élus et des responsables, nous sommes des témoins silencieux sur tout ce qui se passe.(…) Les jeunes n’ont pas envie de mourir à petit feu. Ils ont envie de vivre et à pleines dents. (…) C’est tout. Alors, on nous demande pourquoi on risque nos vies en haute mer? Ils ne peuvent pas comprendre notre condition», s’insurge Fateh. «Si notre pays était menacé, que Dieu nous en préserve, j’irais en première ligne pour le défendre. Il n’y a aucune équivoque là-dessus. Soyez en sûrs. Nous ne sommes pas des traîtres et nous ne le serons jamais. Nous sommes plus patriotes que ceux qui le prétendent, parce que le pays ne nous a rien donné comme eux. Et nous sommes prêts à nous sacrifier pour lui sans hésiter et sans rechigner. Et dire que nous n’avons ni lot de terrain, ni logement pour nous marier, ni maison secondaire et encore moins de voiture et autre chose de luxueux. Nous sommes des jeunes désoeuvrés, en colère et fiers d’être algériens», poursuit-il.(2)
Dernier témoignage poignant: Selon notre interlocuteur, plus d’une dizaine de jeunes harraga, en grande partie de Mostaganem, qui avaient préparé leur traversée depuis des mois, ont rebroussé chemin pour fêter la victoire de l’EN avec leurs frères et amis. «Ils avaient emporté une radio et ont suivi le déroulement du match. Certains avaient peur de rentrer, mais tout le monde avait fini par décider de vivre ces instants magiques dans les rues de la ville. Ils ont défilé toute la nuit jusqu’au petit matin. Ils sont repartis le lendemain. Je ne sais pas s’ils sont arrivés ou pas», notera notre interlocuteur.(2)
Quelle honte!! Pour quitter le pays en quête d’un eldorado. Combien de jeunes vont continuer de faire le bonheur des fonds marins? (…) Le foot aura unifié les citoyens «momentanément». C’est un bon départ dès lors que le drapeau flotte et continue d’émettre ses couleurs jusqu’à maintenant après avoir été en berne durant longtemps si l’on associe la tragédie nationale de la décennie noire. Une résurrection du 5 Juillet prend en effet naissance à Constantine. «Il suffit d’une légère étincelle prometteuse pour que le peuple se mette au diapason, affichant son intérêt pour le pays».(3)
«(…) A première vue, c’est un bout de tissu avec un côté vert et un autre blanc. Le drapeau, tamurt-iw [c’est mon pays]» dit Hocine, un jeune de 22 ans attablé au café maure. De son côté, Arezki, 31 ans, originaire de Tizi Rached, semble plus impliqué dans le débat et n’hésite pas à développer son argumentaire. «Le drapeau national avec ses trois couleurs représente mes trois oncles, morts au champ d’honneur pour que vive mon pays dans la liberté et l’indépendance». (…) Les images des émeutiers de 2001 en Kabylie, avec des pierres dans une main et un emblème national dans l’autre, resteront pour la postérité malgré les tentatives de manipulation (…).(4)
47 ans. 47 ans que l’Algérie est libre et indépendante après une lutte révolutionnaire des plus héroïques. (…) Du coup, la jeunesse émerge, parle, s’exprime, agit, dénonce, revendique, rêve et s’insurge. Faute d’espaces et de moyens d’expression, des phénomènes sociaux, des fléaux, des tendances ont vu le jour. 47 ans après l’indépendance. Certains n’hésitent pas à parler «d’une crise de confiance qui s’est instaurée et les Algériens ne croient plus à rien car ils ont l’impression que rien ne les unit à cause de cette fragilité du lien social», d’où ce sentiment de détresse, d’angoisse et de solitude qui «pousse la grande majorité de la jeunesse algérienne à fuir à l’étranger sur des barques de fortune ou dans la drogue et les psychotropes», commentent d’autres. (..) Il importe de savoir comment les jeunes, les Algériens d’aujourd’hui, perçoivent la Fête de l’Indépendance de leur pays. Pour sonder leur âme, nous leur avons donné la parole. Florilèges. L’Algérie sakna fi kalbi et dami, entonnent-ils d’une seule et même voix. Et le 5 Juillet alors? «Quelle fête? C’est une journée normale et plate pour nous. Les autorités ne font rien. Aucune manifestation pour célébrer cet évènement! On ne nous a jamais conviés à organiser quelque chose. Pour nous, c’est un jour qui ne se distingue en rien des autres jours de l’année», expliquent-ils. «On l’a banalisé le 5 Juillet. On l’a vidé de sa charge émotionnelle et symbolique. Si l’Etat n’organise ni parade, ni concerts, ni rassemblements, ni quoi que ce soit, comment voulez-vous alors que le 5 Juillet parle aux jeunes?» réagit sur le vif notre jeune interlocuteur, étudiant en littérature arabe à l’université d’Alger (…).(5)
Ghania, 22 ans, étudiante en interprétariat, déplore aussi l’absence de cette atmosphère festive lors de la célébration du 5 Juillet. «La corruption, les inégalités, les mentalités arriérées, les injustices et la Hogra. Nous les jeunes, on doit lutter contre tout ça si l’on veut vivre réellement libres et dignes dans notre pays», décrète-elle. Nassim, 24 ans, étudiant en lettres et littérature française, abonde dans ce sens. «On ne connait pas assez l’Histoire. Et c’est dommage. Je dirais même que c’est dangereux car, dans quelques années, les jeunes risquent de ne plus rien connaître de leur pays. Et peut-on aimer une patrie dont on ne connaît rien de son passé et de son identité?», déclare-t-il. «L’Etat est démissionnaire dans ce domaine. Il n’assume pas son rôle de garant dans la transmission de l’histoire et le respect du devoir de mémoire. Dans le futur, les Algériens oublieront qu’ils ont été libérés du joug colonial un certain 5 Juillet. Au rythme où vont les choses, ils oublieront même que leurs aînés ont livré une lutte héroïque contre la plus grande puissance colonialiste».(5)
Où en sommes-nous en ce 47e anniversaire? Etant un optimiste invétéré- ai-je le choix?- Je dis à l’instar du regretté Cheb Hasni: Mazal l’espoir. Il y a un réel problème pour les gouvernants qui, chaque année, s’éloignent un peu plus de la symbolique ô combien unificatrice -si on sait y faire- de l’indépendance. C’est un fait, nous avons des difficultés à être nous-mêmes et à réveiller la flamme du patriotisme que chacun, à des degrés divers, rêve de voir réanimer pour montrer que tout n’est pas perdu, qu’il est possible encore de tracer un destin pour ce pays. Ce peuple n’a pas besoin du m’as-tu-vu pour croire. Il serait peut être important d’analyser sociologiquement l’addiction des jeunes au football. Ce qui s’est passé en quinze jours sur la scène du football a fait que comme un seul homme, les Algériens se sont sentis fiers d’appartenir à ce pays. Nous mêmes les baby-boomers soixante-huitards avons vibré sincèrement et avons communié dans une ferveur footballistique à la limite de l’irrationnel. Quand ce jour-là j’ai vu des jeunes policiers faire le V de la victoire en réponse à ceux des jeunes en voiture. J’ai compris un court instant, ce qu’était le pardon, la fraternité, la rahma.. Je suis sûr que des scènes de liesse pareilles ont inondé tout le pays Et pourtant, l’Etat n’a rien déboursé pour rendre ce peuple heureux.
Il nous faut chaque fois réinventer le sens de l’Indépendance nationale. Si, il y a 55 ans au déclenchement il fallait affirmer notre dignité et chasser un oppresseur qui s’intronisait chantre des droits de l’homme et pour ce faire s’en remettre encore une fois au sort des armes muni de la seule arme: une immense détermination et une immense croyance dans la miséricorde de Dieu. La religion qui, sans faire des Moudjahidine des dévots hypocrites et impuissants, berçait invisiblement tous nos actes. C’est le «Allah Akbar» anonyme des moudjahidine qui à l’assaut de l’ennemi ou dans les derniers instants était le seul testament laissé aux vivants de cette terre bénie.
A bien des égards, notre indépendance dont nous étions si fiers s’effrite inexorablement par une dépendance économique avérée et surtout par une dépendance mentale qui revient en force. En fait, nous ne sommes officiellement indépendants que le 5 juillet, les 364 jours de l’année nous faisons tout pour augmenter notre dépendance sous le regard désespéré de cette jeunesse en panne d’espérance. En son temps, Boumediene voulait -dans le prolongement de la dynamique extraordinaire de la Révolution – perpétuer cela par la politique des 3R: Révolution industrielle, Révolution agraire, et Révolution culturelle. Depuis, nous manquons de cap. La souveraineté, pour un peuple conscient de la mériter ne saurait être réduite à l’ordre des moyens. Elle est aussi l’expression d’une identité profonde et la réalisation d’un idéal. Et c’est en cela qu’elle a une telle capacité de mobilisation et doit pouvoir aider à ce que ce potentiel s’exprime avec force.
Que reste-t-il de ce feu sacré qui animait l’Algérie au sortir de l’Indépendance? Articuler le social et le national au lieu de les opposer, c’est redonner au peuple un nouveau projet de la force et de la puissance de la révolution. Le parti mythique du FLN a terminé sa mission historique et traîne une existence sans ressort du fait que la foi a longtemps été remplacée par une gestion sans âme d’une espérance qui avait porté tout un peuple pendant les sept ans et demi de la durée de la révolution. Peut-être qu’il faille une nouvelle révolution de l’intelligence où chacun se reconnaît, un espace qui fédère tous ceux qui ont des choses à dire et des choses à faire avec l’assentiment du plus grand nombre en ne comptant pas sur la rente, qui a fait de nous des paresseux décérébrés et qui, a tort ou à raison, cristallise tous ces jeunes sans qui il n’y aurait pas d’Algérie. Il faut en définitive faire émerger de nouvelles légitimités basées sur le savoir, bien dans leurs identités, pétries de leur histoire et fascinées par le futur.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.H.B. 47e anniversaire de l’Indépendance: Emblème national et sang des martyrs-El Moudjahid 4 juillet 2009
2.Mohamed Ouanezar Oran:Le patriotisme des jeunes réhabilité par les victoires de l’EN-La Tribune 05-07-2009
3.Nasser Hannachi – Constantine – Une flamme patriotique à pérenniser sans condition – La Tribune 05-07-2009
4.Malik Boumati – Des citoyens de Tizi Ouzou discutent du drapeau. La Tribune.05-07-2009
5.Abderrahmane Semmar – Ni harga ni hedda, l’Algérie dans le coeur…La Tribune 05-07-2009

Variations sur la légitimité historique et la culture du pronunciamiento

يونيو 20, 2009 by admin  
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RETOUR SUR LE «COUP D’ETAT» DU 19 JUIN 1965

Plus de trente ans après le décès de Houari Boumediene, 44 ans après sa prise du pouvoir, le 19 juin 1965, la question de la légitimité historique du 2e président de la République algérienne continue de faire débat. Ce sont surtout les contempteurs de HB qui accaparent le sujet en essayant de faire ressortir l’illégitimité originelle du régime issu du «coup d’Etat» du 19 juin 1965. Ce procès en sorcellerie s’alimente à une interprétation ou une lecture de l’histoire qui est totalement controuvée.
Plus récemment, à l’occasion de la modification de la Constitution du 28 novembre 1996 par l’ancien ministre des Affaires étrangères de HB, devenu, en avril 1999, le 5e président de la République, un certain nombre d’acteurs politiques ont saisi cette opportunité pour accabler le régime de HB et présenter son successeur lointain comme un tenant de la culture du putsch.
Pour mieux comprendre le «coup d’Etat» du 19 juin 1965, il faut remonter plus haut dans l’histoire et s’efforcer de poser les bonnes questions.
Mohamed Harbi, Gilbert Meynier, Benjamin Stora et d’autres historiens font remonter la dérive prétorienne du Mouvement national à l’élimination politique de Abane Ramdane, au 2e Cnra d’août 1957 qui s’est tenu au Caire. Or, la vérité historique oblige à dire que la militarisation du Mouvement national relève d’une circonstance historique plus déterminante qui est le déclenchement de la guerre de Libération nationale. Dès lors que le PPA/ Mtld avait échoué, par la voie légale, à arracher à la France coloniale des concessions politiques majeures, inscrites au demeurant dans les promesses que celle-ci avait faites régulièrement, à partir du 2e conflit mondial, seul le recours aux armes était apparu, en mars 1954, aux yeux du Crua, comme la condition sine qua non de l’indépendance de l’Algérie.
Le Mouvement national avait compris qu’il était vain d’attendre de l’Etat colonial qu’il acceptât une indépendance précédée de négociations, comme cela avait été le cas avec le Maroc, la Tunisie et la totalité des pays de l’ancienne Afrique noire française. De surcroît, l’échec des Messalistes et l’enterrement de leur projet de rupture graduelle avec la France mettait inévitablement au-devant de la scène les activistes et par voie de conséquence ceux qui déclencheront l’insurrection armée. De ce fait, le mot d’ordre brandi par A. Ramdane de la supériorité du politique sur le militaire, en août 1956, arrivait trop tard.
Ce mot d’ordre n’aurait eu de chance de s’imposer que si l’Algérie avait pu faire le choix d’une autre option que celle de la lutte armée pour conquérir son indépendance. La supériorité du politique sur le militaire (comme du reste celle de l’intérieur sur l’extérieur) était en 1956 une pétition de principe. Si dérive prétorienne du Mouvement national, il y eut, celle-ci procédait de la victoire du courant activiste, essentiellement constitué d’anciens de l’Organisation spéciale (OS) et du Crua sur les courants messalistes et même centralistes, ce dernier se ralliant, bon gré malgré, à l’insurrection armée. A cette époque, HB est quasiment un inconnu qui poursuit ses études en Egypte.

Le Gpra, les wilayate de l’intérieur et l’EMG
HB et A.Bouteflika ont été accusés par certains politiciens, passablement ignorants de l’histoire de l’Algérie, d’avoir fait un coup de force contre le Gpra en 1962. Ce postulat participe du révisionnisme. L’EMG dirigé par HB, à partir de 1960, était une émanation du Cnra et sa légitimité historique était incontestable. Pour le surplus, HB fit preuve d’un loyalisme exemplaire à l’égard du Gpra en sanctionnant impitoyablement ceux qui, à un moment donné, se sont rebellés, non sans raison du reste, contre lui (tel le brave colonel Lamouri). L’EMG a ensuite «encadré» les négociations d’Evian, de sorte à ce que des concessions indues ne fussent pas accordées aux représentants de l’Etat colonial, même si à aucun moment la bonne foi des négociateurs algériens ne fut mise en doute. Plus important est le génie de HB qui sut mettre sur pied, à partir de presque rien, une armée homogène, soudée, disciplinée, issue de l’Algérie profonde. Cette armée n’était pas un outil prétorien. Et le plus remarquable est que cette armée n’était pas une armée de miliciens, à la solde de clans ou de factions.
L’Armée des frontières avait vocation à supplanter l’ALN, une fois l’indépendance recouvrée. On peut regretter-on doit regretter-, l’incorporation en son sein, de ce que l’on appelle «les déserteurs de l’Armée française» (les DAF), dont certains occuperont des postes clés dans l’appareil d’Etat sous Chadli, tout en restant, semble-t-il, inféodés à de secrètes officines françaises (ce n’est plus le cas aujourd’hui). Quoi qu’il en soit, l’historien retiendra que si HB n’avait pas organisé l’armée algérienne, durant la guerre de Libération nationale, l’indépendance aurait été marquée par des affrontements sanglants entre milices rivales qui auraient fatalement conduit à une guerre civile totale.
S’agissant du Gpra, on oublie de dire qu’il fut le siège de nombreuses crises dont l’élimination de Ferhat Abbas par Benyoucef Benkhedda, en août 1961. Par ailleurs, le Gpra était ouvertement contesté par les wilayate de l’intérieur, révoltées à l’idée de devoir supporter seules le fardeau de la guerre, au moment où s’intensifiaient les bombardements des troupes du général Challe. Pour le surplus, le Gpra s’était montré incapable de rappeler à l’ordre le Conseil interministériel de la guerre (CIG), constitué de chefs de clan (K.Belkacem, L.Bentobbal, A. Boussouf) qui n’avaient aucune vision de la construction d’un Etat, tout occupés qu’ils étaient à se constituer des clientèles, dans la perspective de la prise du pouvoir, à l’Indépendance. Quant à la destitution, le 30 juin 1962 de l’EMG par le Gpra, elle était illégale (l’EMG procédant du Cnra) et témoignait, en outre, de l’aventurisme de certains de ses dirigeants. La vérité est que le Gpra n’était guère préparé à assurer la relève de l’Etat colonial et sa cohésion tellement fragile qu’elle vola en éclats, dès l’entrée des troupes de l’EMG à Alger, le 3 juillet 1962. Une partie de son ossature rallia le Groupe de Tlemcen (autour de Ahmed Ben Bella et de l’EMG), et l’autre le groupe de Tizi Ouzou (autour de Krim, Aït Ahmed et M. Boudiaf).

L’élimination de Ahmed Ben Bella ou le rétablissement de l’Etat
Depuis son investiture comme président du Conseil par l’Assemblée nationale constituante, le 29 septembre 1962, puis son élection à la présidence de la République, le 15 septembre 1963, Ahmed Ben Bella (ci-après ABB), n’a eu de cesse de désorganiser l’ensemble des institutions, de multiplier les mesures démagogiques et improvisées, de déstabiliser le fonctionnement de l’économie (notamment en instaurant l’autogestion), puis, à partir du 3 octobre 1963 se mit à légiférer par ordonnance en vertu de l’article 59 de la Constitution qui lui conférait les pouvoirs exceptionnels, sans qu’aucune circonstance sérieuse ne le justifiât. Constatant cette dérive, HB après avoir obtenu l’assentiment non pas seulement des membres du Groupe d’Oujda, mais de la quasi-totalité des colonels, anciens chefs de wilaya (S.Boumnider, Y.Khatib, T.Zbiri, S. Mohammedi, M.Oulhadj), des personnalités marquantes (A.Mendjli, B.Boumaza, S.Soufi) et d’autres hommes puissants (A. Bencherif, A.Draia) se résout à renverser ABB, alors que ce dernier s’apprêtait à mettre fin aux fonctions de A. Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères. S’agit-il d’un coup d’Etat? Il est très insolite mais guère surprenant que nos politologues et nos historiens soient obnubilés par les catégories intellectuelles occidentales et peinent à s’affranchir d’un certain francocentrisme qui a été pourtant impuissant à restituer la complexité du système politique algérien, car il postulait que la science politique est avant tout science de l’Etat et non science du pouvoir. Coup d’Etat que celui qui cherche à restaurer la légalité des institutions, systématiquement bafouée depuis 1962? Coup d’Etat que celui qui est approuvé par toutes les populations, enfin délivrées d’un tyranneau de douar, ayant foulé au pied toutes les règles et tous les principes? Coup d’Etat que celui qui réhabilite l’image de l’Algérie à l’extérieur et rassure nos partenaires? Si coup d’Etat il y eut, c’est le coup d’Etat permanent de ABB contre les institutions et contre la volonté de l’Assemblée nationale que HB aurait gagné à ne pas dissoudre, tant elle était composée de militants intègres et dévoués. Il faut ajouter que des historiens peu suspects de sympathie à l’égard de HB (tels L. Addi, M.Harbi) admettent que le régime issu du 19 juin 1965 n’était pas une dictature militaire. Ceci conforte l’hypothèse que l’objectif de HB n’était pas d’ouvrir l’accès au pouvoir à une avant-garde prétorienne, mais plutôt d’intégrer l’armée dans le système social algérien.
Les critiques acerbes de K.Nezzar contre le désintérêt de HB pour la modernisation de l’ANP démontrent a fortiori que le président algérien n’était guère enclin à faire de l’institution militaire un corps extérieur à la société. Pour HB, il fallait créer un Etat fort et unifié adossé à une armée populaire, garante de l’intégrité territoriale et assurant la sécurité du pays.
Reste le bilan du personnage. Ce n’est pas le lieu de le dresser en détail. Le président HB entendait sortir l’Algérie du sous-développement en privilégiant l’industrie lourde, réhabiliter les campagnes, démocratiser l’enseignement, récupérer les ressources naturelles pour accroître les richesses du pays. Il a commis plusieurs erreurs, n’a pas toujours su choisir ses collaborateurs, a surestimé les capacités des Algériens à surmonter les obstacles au développement et sous-estimé le faible degré d’adhésion des fellahs à la Révolution agraire ainsi que la lourde hypothèque démographique. Il pensait que la volonté politique, souveraine et abstraite, lui permettrait de transformer à discrétion une société d’individus atomisés n’ayant pas pleinement accédé à la conscience nationale. A ceux qui continuent de prétendre (ils sont très nombreux) que les difficultés actuelles de l’Algérie sont le legs du régime de HB, on fera remarquer ceci: le président HB est décédé depuis plus de 30 ans; les occasions, qui se sont présentées dans cet intervalle à ses successeurs de faire repartir l’Algérie du bon pied, n’auront pas manqué. Elles ont toutes été gaspillées. Il ne reste qu’à espérer aujourd’hui, alors qu’un audit exhaustif sur l’Algérie est disponible et que le diagnostic sur l’état des lieux est désormais partagé par tous les acteurs politiques, économiques, sociaux et culturels, que le président de la République réforme, enfin, en profondeur, la société algérienne.

(*) Professeur d’enseignement supérieur

Ali MEBROUKINE (*)

CHRONIQUE DES AURÈS, LE BONHEUR DE RACONTER

فبراير 9, 2009 by admin  
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Par Saliha Aouès //

l’autre : la première oeuvre de René Fagnoni et d’Art Kange

C’est un livre toujours odorant, 48 ans après, du parfum laissé par un pays dans le frais souvenir d’un Français engagé dans les années charnière de la révolution algérienne, aux côtés de jeunes musulmans, incorporés de force sous les drapeaux Aïn Touta, Batna les Aurès pour dire un attachement indéfectible à l’Algérie. Un hommage pluriel à son peuple et aux faiseurs, des deux côtés, d’une Histoire commune
Un auteur et un éditeur se donnent rendez-vous pour la première fois, l’un par l’écriture, l’autre par l’édition, pour mettre au point un produit. Et c’est fait et bien fait.

René Fagnoni, ancien journaliste, il est aujourd’hui secrétaire général du groupe Socpresse-Le Figaro, et Djamel Aït Gana, à la tête des éditions Art Kange, tout récemment créées, se sont mis d’accord pour fixer à jamais des souvenirs extraits d’images vivaces, empreintes d’une vie passée, relatée non sans nostalgie, certes, mais avec justesse, pour titiller une mémoire partagée par deux peuples que le destin ne cesse de réunir grâce à une Histoire commune : l’Algérie et la France.

L’auteur, dans Chronique des Aurès, recueil de poésies visuelles et autres senteurs, intitulé de l’ouvrage, appuie donc cette moisson photographique récoltée de ses années de «bidasse» passées dans la région de Batna et ses environs.

Le prétexte, il le trouve dans cette actualité qui fait le remue-ménage historique entre les deux pays, pour une reconnaissance immuable du combat d’un peuple pour sa liberté.

Sans oublier ces Français qui ont toujours épousé la cause algérienne, au plus fort de son engagement pour la révolution de Novembre.

René Fagnoni fait une halte sur la détermination des uns et des autres, en appuyant sur les hommages, enfin, rendus de part et d’autre. Il cite les gestes politique et symbolique de cette commémoration dédiée au courage des «Français justes» dans une guerre abominable menée contre un pays.

Le dialogue est revenu pour rompre un long silence, pesant et lourd de sens. L’auteur témoigne de cette stèle, inaugurée le 5 juillet 2002, à l’occasion du 40ème anniversaire qui fête l’anniversaire de l’indépendance de notre pays, par le président Bouteflika. Stèle érigée à la mémoire de ces Français qui ont pris les armes aux côtés des Algériens pendant la guerre de libération. Une stèle au sujet de laquelle l’auteur a exprimé ses voeux de la voir, un jour, trôner à la mémoire «des porteurs de valise», engagés dans un combat anticolonialiste contre leur pays.
Un écho outre-mer avec cette autre stèle dévoilée sur le pont Saint-Michel, en rappel des massacres commis sur les manifestants algériens, un certain 17 octobre 1961

Une manière pour l’auteur d’exorciser, à côté d’autres gestes de la même valeur qui interviennent depuis quelques années, le mal fait à un peuple opprimé pour avoir voulu lutter pour sa libération. René Fagnoni raconte comment il a été parachuté dans les Aurès, par mesure disciplinaire sans doute en rapport avec ses positions anticolonialistes, les Aurès où stationnait le 7ème Régiment de tirailleurs algériens (R.T.A) Durant les 27 mois de son incorporation, le soldat découvre le vrai visage de ceux que son pays combattait. Son affectation au 2ème bataillon du 7e R.T.A, se souvient-il, ne l’a pas amené «heureusement à une confrontation avec les maquisards algériens » Des souvenirs jalonnent le texte de Fagnoni, qui trouve là le beau prétexte de dire sa foi, de nouveau, dans ce qu’il a toujours pensé du peuple algérien et du pays, qu’il retrouve 40 bonnes années après, avec cette émotion de leur découverte, dans les années 1950, dans la région chaouie
Son retour, il l’inscrit également dans son fervent souhait de voir l’Algérie et la France, «marcher fraternellement, ensemble, sur la route de la civilisation».

René Fagnoni ponctue son récit par des photographies prises sur le vif, lors de son «séjour» au pays des Aurès. Des noms, des portraits d’hommes, de femmes et d’enfants de lieux dits, extirpés d’un quotidien fait de misère, de courage et de sacrifices Entrés dans l’objectif de l’auteur, pour venir aujourd’hui rendre le plus beau des hommages, à un peuple et un pays pour lequel René Fagnoni éprouve beaucoup d’attachement, de respect et d’admiration. Pour les exemples de héros authentiques et vrais, innombrables qui ont précédé ou qui ont suivi, le sacrifice d’une certaine Ziza Massika, cette héroïne de la révolution algérienne .

S. A.

Chronique des Aurès, recueil de poésies visuelles et autres senteurs de René Fagnoni, paru aux éditions Art Kange.
127 pages.
Prix public : 450 DA

L’ASSOCIATION DES ULEMAS MUSULMANS

فبراير 7, 2009 by admin  
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1-INTRODUCTION

Au cours du vingtième siècle, la période des années vingt a été marquée, en ce qui concerne les Algériens, par une renaissance politique. C’est ainsi qu’après les développements qu’a connus le monde à l’issue de la première guerre mondiale et l’émergence d’une élite algérienne de diverses orientations parmi les députés, les réformistes et les travailleurs émigrés, la conscience politique a commencé à s’affirmer de jour en jour à travers la création de partis et de formations politiques d’orientations diverses parmi lesquelles l’association des ulémas musulmans algériens.

2-CONDITIONS DE SA CRÉATION

L’Association des Ulémas Musulmans Algériens est apparue dans des conditions particulières que l’on peut résumer comme suit:

- Célébration par la France du centenaire de l’occupation (1830-1930), la fierté qui a accompagné cet événement d’avoir liquidé la personnalité algérienne et en particulier les provocations de la part des colons.

- Naturalisation de tous les enfants nés en Algérie de parents étrangers, des privilèges considérables leur étant par ailleurs, octroyés dans l’administration et les services .

- Le viol manifeste des libertés fondamentales des citoyens, les pressions exercées sur la presse algérienne et les établissements d’enseignement arabe, ainsi que la lutte contre la justice musulmane.

- Emergence d’une élite intellectuelle de culture française appelant à l’assimilation et la fusion dans la civilisation française.

- Encouragement des communautés juives à avoir la mainmise sur les activités économiques en leur octroyant des privilèges notamment après que la nationalitéfrançaise leur ait été accordée.

C’est dans ce contexte que l’association des ulémas musulmans algériens fut créée le 05 mai 1931, au club “al taraqi” à Alger. Elle était constituée des ulémas les plus éminents de l’époque, à savoir : Abdelhamid ibn Badis, El Bachir al Ibrahimi, Tayeb el Oqbi , Larbi Tébessi. Le comité constitutif fut présidé par M. Amrane Smaïl et un conseil d’administration de 13 membres fut désigné. Malgré son absence, Cheikh Abdelhamid Ibn Badis fut élu président de l’association et Cheikh El Bachir Ibrahimi nommé vice-président. L’association réussit à obtenir l’agrément de l’administration française compte tenu du caractère modéré de son programme.

3-SON PROGRAMME

Le programme de l’association des Ulémas était défini dans ses statuts comprenant 24 chapitres dans lesquels étaient abordées les grandes lignes de l’action de l’Association. Les objectifs de l’association apparaissent aussi bien à travers ses statuts que les activités et écrits de ses membres.

En tête de ces objectifs , figure la préservation de la religion musulmane et la lutte contre les mythes et légendes, la revivification de la langue arabe et ses humanités ainsi que la glorification de l’histoire du monde musulman et son patrimoine.

Même ceux qui étaient opposés aux idées de l’association en ont témoigné, à l’instar de Mr Ferhat Abbas qui a noté que les objectifs de l’association consistaient à “rénover l’Islam , lutter contre les marabouts, instrumentalisés par le colonialisme et former les cadres de la culture arabe”.

Le président de l’association avait précisé les objectifs principaux de celle-ci dans un article intitulé: “Appel et fondements de l’association des ulémas musulmans “. Par ailleurs, l’association avait affiché des positions claires concernant les questions politiques qui se posaient, s’opposant notamment à la politique d’assimilation revendiquée par la Fédération des élus algériens, sous la direction du Docteur Bendjelloul, Ben Touhami, Ferhat Abbas et d’autres. De même qu’elle se distingua par sa présence effective au Congrès Islamique en 1934.

Pour mener ses activités, l’association avait recours aux moyens reconnus tels que les mosquées, les écoles libres d’enseignement et d’éducation, la formation de cadres et les clubs pour les activités culturelles ainsi que la presse pour diffuser ses idées et notamment les deux journaux al chihab et al baçaïr .

Ce déploiement d’activités a mis l’association dans une position inconfortable et peu enviable dans la mesure où de nombreux opposants à ces activités se manifestèrent. C’est ainsi que, outre les manœuvres entreprises par l’administration française pour faire face à l’association des ulémas et l’assassinat de Cheikh Mohamed Kahoul, il y avait également l’opposition des députés, des confréries et des marabouts ainsi que les missionnaires et les hommes de religion du christianismeLe programme de l’association des Ulémas était défini dans ses statuts comprenant 24 chapitres dans lesquels étaient abordées les grandes lignes de l’action de l’Association. Les objectifs de l’association apparaissent aussi bien à travers ses statuts que les activités et écrits de ses membres.

En tête de ces objectifs , figure la préservation de la religion musulmane et la lutte contre les mythes et légendes, la revivification de la langue arabe et ses humanités ainsi que la glorification de l’histoire du monde musulman et son patrimoine.

Même ceux qui étaient opposés aux idées de l’association en ont témoigné, à l’instar de Mr Ferhat Abbas qui a noté que les objectifs de l’association consistaient à “rénover l’Islam , lutter contre les marabouts, instrumentalisés par le colonialisme et former les cadres de la culture arabe”.

Le président de l’association avait précisé les objectifs principaux de celle-ci dans un article intitulé: “Appel et fondements de l’association des ulémas musulmans “. Par ailleurs, l’association avait affiché des positions claires concernant les questions politiques qui se posaient, s’opposant notamment à la politique d’assimilation revendiquée par la Fédération des élus algériens, sous la direction du Docteur Bendjelloul, Ben Touhami, Ferhat Abbas et d’autres. De même qu’elle se distingua par sa présence effective au Congrès Islamique en 1934.
Pour mener ses activités, l’association avait recours aux moyens reconnus tels que les mosquées, les écoles libres d’enseignement et d’éducation, la formation de cadres et les clubs pour les activités culturelles ainsi que la presse pour diffuser ses idées et notamment les deux journaux al chihab et al baçaïr .

Ce déploiement d’activités a mis l’association dans une position inconfortable et peu enviable dans la mesure où de nombreux opposants à ces activités se manifestèrent. C’est ainsi que, outre les manœuvres entreprises par l’administration française pour faire face à l’association des ulémas et l’assassinat de Cheikh Mohamed Kahoul, il y avait également l’opposition des députés, des confréries et des marabouts ainsi que les missionnaires et les hommes de religion du christianisme.

4-SON PARCOURS POLITIQUE

En dépit des pressions exercées sur elle par l’administration coloniale et l’opposition de ses adversaires, l’association poursuivit néanmoins ses activités durant les années trente par le biais des écoles, des journaux et des clubs jusqu’au déclenchement de la seconde guerre mondiale. Refusant d’exprimer son soutien à la France, elle réduisit ses activités et cessa la publication de ses journaux. Cheikh El Bachir El Ibrahimi fut alors exilé par les autorités françaises à Aflou et l’Association intégra les Amis du Manifeste, formation politique fondée par Ferhat Abbas.

Après la seconde guerre mondiale, elle poursuivit sa mission réformatrice sous la présidence de Bachir El Ibrahimi jusqu’au déclenchement de la lutte de libération, lorsque ce dernier publia le 14 novembre 1954 au Caire, le communiqué de l’Association des ulémas musulmans, appelant le peuple algérien à s’unir autour de la Révolution. En 1957, les autorités françaises décrétèrent la dissolution des partis politiques et parmi eux, l’Association des Ulémas Musulmans Algériens.