AMAR MELLAH : LA MODESTIE DES GRANDS
نوفمبر 2, 2009 by amamra
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Par IMADGHASSEN.A
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Emouvante que fut la rencontre avec si AMAR MELLAH : c’est tout un pan à la fois de l’histoire de l’homme que de l’histoire même de l’Algérie.
S’il y a bien un qualificatif à appliquer à l’homme c’est sans conteste celui de bravoure qui l’emporterait !
Oui si AMAR MELLAH est brave, il l’a toujours été. Mis à part ce qui lui est resté à travers la gorge , ce feuilleton amer qui a duré 11 ans de sa vie,qui l’a anéanti même dans le souvenir , quelqu’un qui a sacrifié biens,femme et enfants pour ce pays , hélas il a été récompensé « et de quelle manière » : une descente en enfer qui a duré jusqu’à ce qu’un homme courageux le réhabilite un certain 17 avril 1979 :le président CHADLI BENDJEDID
La modestie de cet homme fait de lui un être à part qui s’attelle à coucher noir sur blanc ses mémoires et surtout le fameux « mouvement du 14 décembre 1967 des officiers de l’ANP » dans lequel il effectue un flash back objectif loin de toutes pressions.
Amar Mellah semble accomplir là aussi son devoir révolutionnaire avec un sens élevé de responsabilité que l’on aimerait rencontrer chez nos « grandes personnalités. »
Le commandant AMAR MELLAH de son vrai nom Mohamed Salah est né le 15 février 1938,de parents auressiens ( Baaziz ben Amar ben Messaoud et Mellah Fatima) de la tribu des H’rakta originaire de Tahamamet- El Madher (commune mixte de AIN EL KSAR).
Si AMAR , solidement imprégné des valeurs du pays profond , aura une enfance studieuse encouragé par son père .Il sera dès l’age de six ans inscrit pour à terme apprendre par cœur le quart du saint coran.
En 1946 il changera de vie : sa famille s’est installée à El Madher ,et où sa curiosité s’aiguisa davantage.
Après la seconde guerre mondiale,son père l’envoie à l’école « l’éducation et l’enseignement » de l’association des oulémas musulmans…..puis c’est au lycée franco musulman (1955/1956) qu’il s’est mis à suivre toutes informations sur la révolution qui visait à libérer l’ Algérie du joug de l’occupant.
A la veille des examens de cette année là,vint l’appel de l’ UGEMA !
Ce sont les surveillants,dont les plus fougueux (chahid) MEKKI HIHI, SAHNOUN(chahid),ABDELHAK KOUICEM,ABDELAOUI, qui ont fait parvenir le fameux appel afin « d’entamer une grève générale et rejoindre les rangs de la révolution. A ce propos AMAR MELLAH écrit dans son livre « le mouvement du 14 décembre 1967 des officiers de l’ANP » : « effectivement avec un diplôme en plus nous ne ferons pas de meilleurs cadavres !(…..) il faut rejoindre en masse l’armée de libération nationale et son organisation politique le FLN. »
L’appel a eu un très grand écho auprès des étudiants algériens,dont beaucoup d’entre eux tomberont au champ d’honneur ;ces derniers et ceux encore vivants ont écrit un pan de gloire par rapport à cette épopée des temps modernes :la révolution algérienne.
Notre auguste personnage n’a pas tronqué son habit militaire : il continua son « périple avec l’ANP » après la reconversion de la glorieuse ALN .
Après des études militaires entre 1965-1967 qui seront bénéfiques et pour notre SI AMAR que pour notre ANP. Il fallait re-construire une armée moderne.
AMAR MELLAH rejoindra vite ses nouvelles fonctions en remplacement de l’officier HOFFMAN SLIMANE en tant que responsable de la direction des blindés au sein de l’état major de l’ANP sous le commandement de TAHAR ZBIRI. Les circonstances de l’époque avaient finies par lasser des responsables de l’armée , et arriva la réunion d’avril 1967, « la goutte de trop »,selon le commandant Mellah. Faut il rappeler que ce dernier avait passé les commandes de la 5° région militaire au commandant CHADLI BENDJEDID,ainsi qu’avec le commandant ABDELGHANI. Il avait sous ses ordres le capitaine LARBI BELKHEIR à l’état major. AMAR MELLAH a révélé dans son livre que ce que l’armée n’admettait pas s’était instauré à l’époque au point « ou le capitaine donnait des ordres au colonel ». …puis vint le mouvement des officiers de l’ANP du 14 décembre 1967.La tournure des évènements allait connaître un douloureux développement qui allait être synonyme d’enfer pour ce moudjahid ,commandant de la plus haute compétence au sein de l’ANP, AMAR MELLAH
Vivra une tragédie dans son pays ,entre les mains de ses compatriotes et frères d’armes. Toujours est –il qu’il reconnaît qu’il y avait aussi des gens honnêtes qui ont compatis avec ce qui lui arrivait et ses camarades d’infortune.
Ce douloureux épisode avait pris fin avec la décision courageuse de CHADLI BENDJEDID de réhabiliter tous ceux dont la réputation fut ternie à un moment de l’histoire.
AMAR MELLAH en garde encore en mémoire ceux qui l’ont aidé à repartir de bon pied après sa libération,des moments difficiles qui vous pétrissent des hommes : de vrais hommes à l’image de notre personnage du mois.
L’homme vaut par sa modestie :il est sollicité par l’administration en 1997 pour présider à la tête de la commission de surveillance des élections. Depuis ,il préféra se retirer pour se consacrer à écrire ses mémoires en toute objectivité et d’éclaircir certains pans de l’histoire de la région et du pays. Président de l’association du 1° novembre il active quant à l’écriture de l’histoire tout en revendiquant des autres « d’être à la hauteur de l’histoire du pays ! » AMAR MELLAH a cette modestie qui caractérise les grands , les vrais pas ceux de pacotille.
MONSIEUR TOURI RACHID
فبراير 6, 2009 by admin
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Par SAID MERZOUKI
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Une figure de proue bien de chez nous :
Je vous ai connu professeur de mathématiques au Collège Moderne de Batna. Vous m’y avez enseigné tant à moi-même qu’à ma femme, de 1957 à 1959 en classes de seconde et première alors que monsieur AZEMA était le principal de l’établissement secondé par MM. MARQUET surveillant général, DUPUIS, KATEB intendants et que MM. PELOUS, VOLDOIRE, BOUZID, LACROIX, (Melle HAMDIKEN, Mme COMMERE) Mmes (MARQUET et MALLEM) étaient respectivement professeurs de français, de syntaxe, d’arabe, d’E.P.S., de physique et d’anglais, sans oublier l’Adjudant LE DREZEN et le Sergent TARTAGLIA enseignants de P.M.E.
J’ai su dernièrement et grâce à Mme TOURI Hassina votre sœur que :
•Né le 4 mars 1928 à T’Kout, fils de TOURI Amor, enseignant et plus tard, successivement Directeur d’Ecole puis Inspecteur en fin de carrière à Blida et de BAADA Messaouda,
•Vous avez eu un parcours scolaire qui vous a mené de l’Ecole du Stand, (actuellement Ecole EMIR ABD EL KADER), jusqu’à votre réussite au concours des Bourses qui marqua votre admission au Collège Moderne de Batna
•Après l’obtention du Brevet du 1er Cycle vous rejoignez le Lycée d’AUMALE. actuellement REDHA HOUHOU) de Constantine, puis celui de ST. AUGUSTIN de BONE (ANNABA) où vous avez obtenu les deux parties du Baccalauréat dont celui de Mathématiques Elémentaires en 1946.
•Au Lycée BUGEAUD (actuellement EMIR ABD EL KADER) vous vous êtes inscrit pour deux années consécutives en séries Mathématiques : Supérieures puis Spéciales dites toutes deux TAUPE vous préparant à des concours aux Grandes Ecoles.
•Mais celui de l’Ecole des Mines, votre choix prioritaire, ne vous a pas souri. Aussi vous êtes-vous contenté de l’inscription en Licence d’Enseignement de Mathématiques à l’Université d’Alger, Licence que vous avez obtenue à la veille de la Révolution pour ensuite effectuer en 1955 une année de stages pédagogiques dans divers lycées d’Alger en vue du C.A.P.E.S.
•En 1956 , au Collège Moderne de Batna, ce fut votre 1er poste que vous avez d’ailleurs gardé jusqu’en juin 1960, y enseignant les Mathématiques et même, au départ, m’a-t-on dit et ce par intermittences, Physique-Chimie.
Ce dont je me rappellerai toujours et encore c’était votre silhouette revêtue d’une blouse blanche, largement échancrée sur le devant parce que jamais boutonnée, un cartable, quasi vide, ne contenant que les grandes lignes d’une préparation du jour avec exercices, ce cartable pendouillant à la main gauche ou pris serré sous l’aisselle tandis que votre main droite tenait entre ses doigts une cigarette qui, brûlée et devenue mégot, ne s’éteignait qu’après avoir servi à allumer la cigarette suivante.
Vous étiez d’un abord plutôt bourru pour nous, vos élèves, et le mot « mathématiques » était synonyme de « tyrannie » selon l’appréciation populaire qu’en donnait Gaston Bachelard, cet autre remarquable scientifique autodidacte, tellement vous exigiez, de nous tous, les définitions exactes, la récitation des corollaires et autres axiomes en des termes les plus exacts, la bonne exécution de toute démonstration, avec la chronologie de ses étapes, le strict énoncé des théorèmes et leurs applications méthodiques, les constructions
géométriques rigoureuses à la règle et au compas aux fins d’une recherche des lieux invariants avec leurs caractéristiques qu’ils fussent médiatrice, bissectrice, arc capable, polaire d’un point par rapport à un cercle, axe radical et autres faisceaux harmoniques….
Il vous était arrivé un jour, rapporte un élève, devenu Inspecteur d’Académie en retraite depuis une dizaine d’années, qu’entrant, haletant en classe où vos émules vous attendaient, vous aviez jeté un bref regard à votre montre pour dire à la cantonade, que de Tazoult au Collège, vous veniez de mettre – 10 minutes et 30 secondes-, au volant de votre « PL 17 », une « PANHARD ». Dans quelle intention ? Peut-être, en vue de la prochaine leçon sur « les mouvements rectilignes » !
Pour qui voulait vous voir hors du Collège, la Brasserie de l’Etoile accueillait vos interminables parties de belotes avec vos intimes, la preuve étant que la PANHARD était invariablement garée devant le SQUARE attenant.
J’étais le responsable de la classe et, en tant que tel, je devais y entrer plutôt que mes camarades pour la préparation du cahier de textes à mettre en évidence sur le bureau du professeur. Ce jour-là je vous avais surpris bien avant 8 heures, au tableau noir, esquissant de curieuses mais harmonieuses courbes à la craie. Devant mon « pardon, monsieur ! » et juste faisant une furtive marche arrière en me retirant, pensant vous avoir outrageusement dérangé, vous aviez aussitôt lancé un tonitruant : « Entrrrrrez ! ». Goguenard vous aviez invité votre « 1er de la classe » à contempler votre œuvre, lui demandant ironiquement son avis. Qu’y pouvais-je y comprendre, à cet imbroglio de lignes, et vous, de m’expliquer que « ce ne sont là que des courbes unicursales appelées communément CONIQUES en mécanique céleste ! vous commencerez à en étudier quelques unes en terminales ».
C’est bien plus tard, en 1960, nous promenant avec des copains le long des Allées BOCCA, devenues depuis Allées BEN BOULAÏD, nous étions en vacances d’été. Nous feuilletions la Dépêche de Constantine (devenue elle aussi le quotidien AN’NASR), nous y remarquions l’entrefilet nous remplissant de fierté à votre propos parce que devenu notre idole, entrefilet vous concernant donc, dans lequel vos compagnons «les professeurs du secondaire félicitent leur collègue TOURI Rachid pour son brillant succès obtenu au Certificat d’Astronomie Approfondie avec la mention « très bien » ».
En fin d’année scolaire, ayant réussi avec mention mon 1er BAC et, lors de la traditionnelle kermesse de l’Ecole du Stand où vous habitiez, tard dans la soirée (vers 23h.), vous m’aviez apostrophé dans la grande cour abondamment pavoisée et illuminée pour la circonstance, bruyamment animée de refrains d’airs de l’époque qui se faisaient écho dans le grand préau. Je vins à vous, bafouillant, tandis que vous, copieusement, vous vous mîtes à me conseiller quant à mon proche avenir: devoir me rendre à Constantine dès la rentrée prochaine, y effectuer impérativement la terminale « math.élém. » parce que le collège de Batna n’offrait alors, pour nous élèves issus du Moderne qu’une classe de « philo. » pour les seuls classiques en fin de cycle secondaire. Vous aviez ajouté : « vous trouverez ma méthode intégrale chez monsieur SINKAIZEN (pardon pour l’orthographe !) mon ancien professeur de mathématiques, alsacien d’origine mais installé au lycée d’Aumale depuis 1924 ».
Au cours de cette année-là (1959) j’exerçais, parallèlement à mes cours, T.P. et T.D. de « Math-Elém », la fonction fort astreignante de maître-élève : 30 heures de surveillance en internat. J’obtins, à la limite, mon 2nd BAC.
L’année suivante (1960) je m’inscris en MPC. En cours d’année j’eus la surprise de vous apercevoir un matin, de bonne heure, au
Lycée d’Aumale. Vous veniez passer l’écrit de l’Agrégation de Mathématiques, examen
qui avait mobilisé nombreux autres candidats dans plusieurs disciplines. De 7 h du matin à 17 h de l’après midi, entre quatre murs et sans interruption si ce n’était la pause de midi pour avaler un sandwich et un soda, vous « crapahutiez » devant des problèmes complexes. Vous m’aviez demandé, en début d’épreuve, un livre de tables de logarithmes dites « RATINET ». Je vous en avais rapporté un, de couleur rouge, sur le champ. Mais vous m’engueulâtes alors parce que l’édition rouge comportait des formules interdites à l’épreuve. Je repartis aussi vite vous l’échanger contre l’édition jaune, celle-là plus officielle.
Je vous perdis de vue en 1961. La sinistre OAS ne permettait plus aux étudiants algériens de continuer sereinement leur cursus universitaire. Mais à l’indépendance, vous vous étiez retrouvé enseignant les années « TAUPE » ou préparatoires aux Grandes Ecoles et ce au Lycée BUGEAUD devenu Lycée EMIR ABD EL KADER d’Alger, juste 16 ans après que vous y fûtes vous-même élève.
•1962 vous vit avec le titre d’Agrégé de l’Enseignement et ce après votre succès à l’oral passé à Paris.
•Devenu aussitôt Maître-Assistant à l’Université d’Alger, en 1971 vous y êtes nommé Doyen de la Faculté des Sciences tout en assurant, en parallèle, des cours à des étudiants et préparant vous-même un Doctorat d’Etat auprès d’une Faculté de Nice.
•Jusqu’en 1981, vous aviez veillé sur l’Université d’Alger en qualité de Recteur pour, ensuite, être Représentant de l’Algérie auprès de l’UNESCO à Paris durant 3 années.
•Retour à Alger pour une retraite mais, ayant les mathématiques comme vous dans le sang, vous ne pouviez vous empêcher de continuer à être Professeur Associé à l’Université des Sciences et de la Technologie « HOUARI BOUMEDIENNE » (U.S.T.H.B.) dispensant
des cours de haut niveau et ce pratiquement jusqu’à votre décès survenu un 7 novembre
1993. Un jour, votre femme, se plaignant des absences de sortie de famille en voiture à la campagne comme tout un chacun, vous lui répliquâtes sèchement : « moi ! je prépare mes cours ! moi ! » pour résumer que la chose qui vous importait le plus au monde c’étaient la fidélité au savoir rigoureux de la mathématiques, vos étudiants et chercheurs : assistants et maîtres assistants qui en dépendaient idéalement.
Responsable aux plus hautes instances de l’Université, vous aviez continué à assurer donc vos cours qui, aux dires de vos étudiants, actuellement Docteurs d’Etat dans diverses branches de la Mathématique, comportaient la plupart du temps une énigme donnée en fin de séance, sous forme d’un thème de recherche, le point final d’une quelconque démonstration n’existait pas chez vous parce qu’alors débutait une question à résoudre pour vos étudiants, façon pour vous de les initier à la recherche continue.
Vous fûtes un symbole pour nombre d’entre nous, pour ne pas dire pour une génération entière, à qui vous aviez appris les mathématiques, ce puissant outil tant de l’esprit que de la pratique, outil permettant des applications dans de nombreux domaines, depuis les sciences de l’ingénieur jusqu’à la recherche fondamentale en passant simplement par l’acquisition de la raison critique propre à l’honnête citoyen, doué du bon sens et donc être bien pensant.
Vous resterez présent au fond de nous tous, vos élèves, vos étudiants devenus, à leur tour, Professeurs et Hauts Cadres, tant en Algérie que dans le monde entier où vous avez essaimé le savoir mathématique, bref de tous ceux qui vous ont approché.
Puissent les autorités scolaires et universitaires, que dis-je, la Nation entière, pérenniser votre nom en en baptisant amphis, instituts et grandes places, de sorte que les générations à venir aient à se rappeler monsieur TOURI Rachid à bon escient, s’en imprégner et agir avec logique et pertinence.
Mohamed HAMOUDA BENSAI
فبراير 6, 2009 by admin
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Par NOUR- EDDINE KHENDOUDI
Ce dossier « vise à réhabiliter un homme et à lui rendre hommage. Il nourrit l’ambition de le soustraire à l’anonymat et à l’abandon », et, il faut le dire tout est puisé dans l’excellent travail de NOUR-EDDINE KHENDOUDI, préfacé par SADEK SELLAM (MOHAMED HAMOUDA BENSAI ou le farouche destin d’un intellectuel algérien) –à lire absolument- ; découvrons………
Ce recueil vise à rentabiliser un homme et à lui rendre hommage. Il nourrit l’ambition de le soustraire à l’anonymat et l’abandon.
Intellectuel au destin singulier, totalement méconnu des Algériens, MOHAMED BENSAI dit HAMOUDA, est un nom qui ne rappel rien, même au sein des milieux culturels du pays, si l’on doit excepter quelques rares personnes. Cet homme qui nous a quittés, en 1998, broyé et proscrit, après une poignante traversée du siècle (il est né en 1902), a mené une vie où les douleurs s’enchainaient et les peines se succédaient, comme disait Lamartine.
Beaucoup de téléspectateur se souviendront peut être de sa première et ultime apparition en 1998, sur la scène publique à la faveur d’une émission culturelle télévisée qui l’avait présenté, insitu, dans sa situation précaire et sur son lit de mort, à la cité de Recasement à Batna, peu de temps avant qu’il n’ait tiré sa révérence. Quelles pathétiques images ! On ne peut être que pris de regrets pour un si impitoyable sort et pour les conditions dans lesquelles il vivotait. C’est dire combien il fut, sa vie durant, poursuivit, rattrapé et accompagné par l’adversité et les malheurs.
Outragé, BENSAI a rejoint, dans l’indifférence totale –une bien déplaisante habitude algérienne- d’autres noms d’intellectuels et militants algériens qui sombrent toujours dans l’oubli.
Qui connaît, en Algérie, les regrettés émir Khaled descendant de l’émir Abdelkader, disparu dans l’anonymat et son compagnon Sadek Denden, directeur du journal « El Ikdam », mort dans le dénouement et le besoin ? qui se souvient encore d’Ali El Hammami (1902-1949), figure de prou du nationalisme algérien, mort dans un crash d’avion au Pakistan où il était parti défendre la cause de son pays et de celle du Maghreb arabe, à l’occasion d’un congrès de pays musulmans à Karashi ? Combien d’Algériens ont entendu parler de Mohand Tazerout (1898-1973), grand germanophobe, traducteur d’Oswald Spengler (Le Déclin de l’Occident) et auteur de plusieurs ouvrages de haute facture sur la culture et la civilisation, mort seul à l’âge de 75 ans dans un piteux hôtel de Tanger ? Et quid du Dr Azzouz Khaldi mort en 1972 ? Pour ne citer que ces quelques noms cités de mémoire.
Pourtant tout semblait prédisposer Hamouda Bensai, pour y revenir, à la réussite et à un bel avenir. Dans les années trente à Paris, il avait compté parmi ses connaissances ou s’était lié d’amitié avec des notoriétés intellectuelles comme André Gide, prix Nobel de littérature, Louis Massignon, le grand orientaliste, des personnalités religieuses comme Abdelhamid Ben Badis et Bachir Ibrahimi, les deux chefs du courant réformiste en Algérie, ou de futurs hommes politiques comme Ferhat Abbes, premier président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, Salah Ben Yousse, le grand militant tunisien, Hadj Nouira, l’ancien premier ministre de Tunisie ou Ahmed Belafredj, ministres des affaires étrangères du Maroc, du temps de feu le roi Mohamed V.
Pour une triste et tourmentée histoire, pour toute l’injustice qu’il a subie de son vivant,
Mohamed Hamouda Bensai mérite cette évocation posthume.
Ancien élève de la medersa de Constantine, Hamouda Bensai s’est distingué tôt par une activité intellectuelle qui ne passait pas inaperçue dans ce premier fief de l’islah algérien. A Paris, où il s’est inscrit à la Sorbonne pour des études de sociologie, le jeune homme s’est révélé d’une grande culture qu’un parfait bilinguisme renforçait. Ses idées originales sur l’islam et les problèmes de la Nahda , ses considérations sur le passé et le présent des musulmans ainsi que sur le renouveau du monde musulman ne laissaient pas indifférent.
Durant cette phase parisienne, au cours des années trente, Bensai était l’esprit d’une « bande à quatre » qui s’est manifestement détachée des autres étudiants arabes et magrébins, en formation dans les universités et grandes écoles françaises. Ces jeunes étudiants algériens, dont un certain Malek Bennabi, professaient dans l’insouciance et la quiétude des idées qui, conjuguées à leurs activités militantes et nationaliste, étaient perçues comme une menace qui plane sur l’ordre établi. En France, le contexte de l’entre-deux-guerres était marqué par un renforcement de la surveillance des milieux émigrés. Sous la conduite des précurseurs du combat nationaliste comme l’émir Khaled et Messali Hadj, les idées révolutionnaires, voire les revendications carrément indépendantistes, commençaient à gagner les milieux de le communauté algérienne.
Soumis à la surveillance d’une police spéciale, les étudiants originaires de Maghreb évoluaient dispersés même si certains tentaient de s’organiser dans des cadres estudiantins, d’autres militaient au sein de partis politiques. Une autre catégorie, plus vulnérable, était approchée à travers toute sorte de tentatives d’enrôlement.
Bensai et Bennabi commençaient à se faire remarquer à cette époque, ils réessaient le statut avilissant d’indigène, ce sous-homme amoindri, transformé en être apathique et ankylosé, devenu inapte à la civilisation. Indépendants d’esprit, mais qu’on peut situer entre les Oulémas et Messali, dont ils se démarquaient parfois, opposés fermement aux idées du Dr Benjelloul et de son adjoint Ferhat Abbas, ils prêchaient des idées nouvelles sur la renaissance de l’Algérie. Face au drame musulman, ils raisonnaient en termes de civilisation, au moment où la politique subjuguait les autres et inspirait leurs discours et démarches.
Il leur arrivait d’assister aux conférences de Massignon qui portaient généralement sur le monde musulman. Ils ne manquaient pas de lui porter la contradiction et la critique, alors qu’il intervenait devant un public acquis d’avance à ses thèses. Ils accumulaient, ainsi, les imprudences en allant défier un des éminents maitres à penser du système colonial. D’après BENSAI et BENNABI, eux-mêmes, MASSIGNON, conseiller à l’époque du gouvernement français pour « les affaires musulmanes », était à l’origine des roueries de l’administration et des services français dont ils furent victimes. Des obstacles furent dressés sur leur chemin pour les contraindre à abandonner leurs études et leur barrer l’accès au travail, dicté par le dur besoin, même pour les petits boulots de journaliers ou de simples tâches de manœuvres , payés à la commission.
Ces mesures aussi dissuasives que coercitives prises contre eux ,n’étaient pas le fruit d’une simple impression ou nées de l’imaginaire. Ils avaient suffisamment de preuves , pour accabler l’ancien professeur du collège de France , continuateur du père CHARLES de FOUCAULT ,pour expliquer leurs mésaventures en France et en Algérie. BENNABI s’en est longuement étalé dans ses ouvrages : C’est à partir de ces infortunes que l’idée de la collusion entre le colonialisme et la colonisabilité, le coquin et la moukère, a muries dans l’esprit d’un BENNABI.
A l’épreuve, BENSAI, moins battant, peu déterminé à résister, a fini par céder. Ses études en avaient ainsi pâties et l’ancien étudiant à la Sorbonne, dans les années 1930,n’a jamais pu achever sa thèse compromise par les « interférences » sournoises dans le choix du thème et les autres pressions exercées sur lui.
Fin prématurée également d’un parcours culturel brillamment commencé. BENSAI qui ,au cours des années trente, faisait sensation à Constantine, Alger et Paris ,s’est trouvé réduit au silence, exclu de toute la séquence intellectuelle. « Devant les grandes douleurs, le silence est de mise », disait-il.
Rentré au pays , après ces dures épreuves ,il s’est trouvé à Batna sa ville natale ; où il s’est définitivement installé.
Début d’une longue et pénible vie qui l’accompagnera jusqu’à la mort. En plus d’une indigence criarde ,on ne peut que déplorer la situation de dépaysement dans laquelle il s’est trouvé acculé depuis. Tant et si bien que de passage à Batna ; en 1950 , cheikh BACHIR EL IBRAHIMI ne put que lui conseiller de quitter ce pays où le savoir seul n’assure pas le pain à son homme : « vous êtes savant, mais il vous manque l’art d’être un diable ».
Idéaliste , incarnation de la droiture, comme le décrivait BENNABI, BENSAI tenait à des principes et à une morale d’où il puisait les règles de conduite et de rectitude. C’est un homme qui ne répondait qu’à sa seule conscience et ne se référait qu’à sa foi qu’il n’a , au demeurant, jamais perdue.
Dans la capitale des Aurès, le dur besoin l’a poussé jusqu’à exercer la modeste profession d’écrivain public dans un café populaire.
Les modiques sommes recueillies lui permettaient l’achat de journaux afin d’assouvir sa soif de la lecture.
Quelques connaissances s’offraient, parfois, à faire parvenir des journaux français, à ce lecteur friand qui suivait attentivement l’actualité d’ici et d’ailleurs.
Précautionneux, réservé de nature, devenu suspicieux, un trait de caractère signalé déjà par BENNABI et qui s’est accentué avec les difficultés et les dures réalités de la lutte idéologique, endurées depuis Paris, BENSAI se réfugie généralement dans le mutisme. Cachotier, il conservait précieusement ses documents et ses archives personnels. Mais il lui arrivait de se confier à quelques rares personnes à qui il faisait confiance et de commenter devant eux, les événements nationaux et internationaux. Il exprima, ainsi, son scepticisme qui contrastait avec l’aphorisme général, né en Algérie après 1989.
« Attention à la suite des événements, prévenait-il ». Son dur quotidien n’a pas entamé la lucidité de ses jugements.
« Je n’ai pu me faire un nom dans les lettres car le colonialisme et ses agents m’ont réduit à la misère », se plaignait-il. Mais vaille que vaille, refusant d’abdiquer, il a réussi à se libérer de sa camisole de force dans laquelle il s’est trouvé enfermé depuis des dizaines d’années. Il a repris, ainsi, sa plume, au début des années 1980, autrement dit aux dernières années d’une vie qu’on dit fort précaire, pour rédiger des articles que lui inspiraient ses lectures ou pour coucher ses souvenirs. Certains de ses articles, tirés de ses archives et rafraichis, sont livrés au lecteur avec un ton chargé de nostalgie, d’amertume et de regrets.
Outre des contributions à la presse, BENSAIéchangeait des lettres avec quelques confidents.
Marquée par un style captivant et d’une rare beauté, cette activité épistolaire, qui tirait par moment de sa longue solitude, ne renseigne pas uniquement sur son état d’âme. Le lecteur saisira leur portée informative et savourera également les croustillants post-scriptum par lesquels il bouclait généralement ses missives.
Ces pièces d’archives renforcent notre conviction que BENSAI s’est bien mis à la composition de livres.
Dans une de ses lettres à ABDELWAHAB HAMOUDA, on peut lire, en effet : « je profite également de cette occasion pour vous envoyer une photocopie de la deuxième note annexe du livre en voie d’achèvement, ayant pour titre « Ecrits sur les souvenirs de jeunesse ». J’espère, Incha Allah, en publier d’autres : « Au service de l’ISLAM », « Au service de l’ALGERIE »,…. Ce qui corrobore les dires des rares personnes qui le fréquentaient. Elles nous ont affirmé que BENSAI s’est mis à composer des ouvrages, après sa longue halte.
Les copies de quelques bonnes feuilles dactylographiées, qui lui ont été, en fait subtilisées* et qui présument un livre de souvenirs, balaient le moindre doute. Où est donc le produit de cet intellectuel si singulier ? Quoiqu’il en soit , l’Algérie a perdu un François Mauriac.
BENSAI qui ,du reste ressemble étonnamment au célèbre écrivain français, nous laisse sur notre faim. On aurait souhaité qu’il nous ait légué, lui aussi des « carnets ».
En attendant l’avènement du jour où le voile sera levé sur le sort de l’ensemble des écrits de feu MOHAMED BENSAI, le lecteur ne trouvera donc, dans ce recueil (le livre sur BENSAI ndlr), que des bribes que nos recherches ont pu réunir. Il ne faut surtout pas réduire BENSAI à ces quelques fragments et lui faire tort. D’ores et déjà, il est permis, à l’instar de SADEK SELLAM, le préfacier, de parler « d’une œuvre inachevée ».
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L’ŒUVRE INACHEVEE
Par: SADEK SELLAM
Dans les années 20,les départs en France des médersiens algériens désireux d’y poursuivre leurs études, n’étaient guère encouragés par l’administration coloniale.
Après 1925, celle-ci avait renoncé aux gestes de bienveillance par lesquels le gouvernement français cherchait à atténuer les tensions entre colonisateurs et colonisés en Algérie.
Parmi ces gestes dont on escomptait des effets psychologiques favorables,il y avait eu l’adhésion du gouverneur CAMBON au comité pour la construction d’une mosquée à Paris et la circulaire qu’un ministre de l’intérieur avait envoyée , juste avant la guerre de 1914, aux préfets pour leur demander de faciliter les séjours des travailleurs algériens en France, de manière à améliorer son image aux yeux des « indigènes »
En Algérie.
En abandonnant cette « politique des égards », l’administration a renoué avec la suspicion à l’égard des Médersas qu’un haut fonctionnaire trop craintif avait assimilées à « une pépinière de nationalistes ».
L’arbuste nationaliste poussait en France
après « l’effet Khaled » de 1924 qui précéda la création à Paris de l’étoile nord africaine en 1926 et celle de l’association des étudiants musulmans nord africains en 1927.
Une police spéciale chargée de la surveillance des travailleurs et des étudiants musulmans en France fut créée en 1925 à la suite des inquiétudes inspirées par cette évolution commencée durant la première guerre mondiale.
Après la célébration triomphaliste du centenaire de la colonisation, des algériens instruits en arabe, qui s’investissaient localement dans l’enseignement libre ou le journalisme,donnèrent une dimension nationale à leur engagement et créèrent en 1931 l’association des oulémas musulmans d’Algérie.
La politique coloniale se durcissait en réponse aux craintes inspirées par les initiatives d’une élite parmi les colonisés, qui voulait compter sur soi et valoriser ses ressources propres.
L’administration s’en tenait au cadre tracé en 1850 par les promoteurs des Médersas , qui confinaient leurs diplômés aux emplois de Adel,de Mouderrès ou d(interprète, alors que bon nombre de médersiens cherchait à s’en échapper pour apporter l’accompagnement intellectuel à la renaissance de leur pays et contribuer aux réformes de la société.
C’est dans ce contexte politiquement et intellectuellement que MOHAMED HAMOUDA BENSAI a décidé d’aller faire des études de philosophie à Paris, avec seul viatique le modeste mandat mensuel que son père , qui était clerc de notaire à Batna , promettait de lui envoyer.
Après la sortie de la médersa de Constantine, BENSAI s’était fait connaître par des articles remarqués (par cheikh BEN BADIS notamment) parus dans « la voix indigène » (en français) et « En Nadjah » (en arabe). Son style, son ton et son parfait bilinguisme, annonçaient déjà l’intellectuel féru d’érudition, rigoureux et engagé.
A Paris ,il s’est érigé rapidement en « maître à penser » d’un groupe qui a osé porter les couleurs de l’unité maghrébine et de l’islah à un moment où une partie des étudiants algériens en France devenaient des militants partisans assimilationnistes, tandis que la plupart des autres s’inscrivaient soit en droit , soit en médecine et préféraient leur carrière aux engagements politiques.
Ce groupe comprenait notamment : MALEK BENNABI qui venait de passer de l’école centrale d’électronique à l’école supérieure de mécanique et d’électricité ; SALAH BENSAI, le frère cadet de HAMOUDA qui se spécialisait dans l’agriculture tropicale à l’école d’application de l’institut national agronomique, après avoir obtenu le diplôme de l’école d’agriculture d’el Harrach ;
ALI BENAHMED,médersien inscrit à l’école des langues orientales après avoir fait paraître pendant près de deux ans à Alger « la voix du peuple », avec l’ancien maurassien islamisé, MOHAMED CHERIF JUGLARET. Il y avait également quelques « compagnons de route », comme le futur avocat BRAHIM BENABDALLAH ; HAMOUDA BENSAI et MALEK BENNABI ont contribué au rayonnement de l’AEMNA dont les congrès annuels étaient des évènements marquants de la vie intellectuelle et politique, et qui participa activement en 1932 au lancement de la glorieuse « étoile nord africaine », après l’interdiction de la première ENA.
Sa conférence sur le « Coran et la politique »,faite en français à Paris au siège de l’AEMNA,puis en arabe au « cercle du progrès » d’Alger, l’a fait connaître plus que ses articles de presse de la fin des années 20 . Dans un manuscrit consacré au courant réformateur en Algérie , AUGUSTIN BERQUE (qui suivait l’évolution des intellectuels algériens à la direction des « affaires indigènes » du gouvernement général) mentionne cette conférence et qualifie HAMOUDA BENSAI de chef de file d’un « courant positiviste musulman ».
Avec une grande indépendance d’esprit, BENSAI et BENNABI se situaient dans la mouvance des Oulémas, mais plaidaient pour un « Islah formé à l’école cartésienne ». Ils se démarquaient nettement des grandes formations politiques algériennes de l’époque à qui ils reprochaient de négliger les transformations sociales.
Dans le même temps,HAMOUDA BENSAI croyait beaucoup aux dialogues inter- religieux et interculturels et acceptait de présider « l’amicale franco-nord-africaine » fondée avec MARCELLIN PIEL,faisait partie des intellectuels rencontrés par M. BENNABI à « l’union chrétienne des
jeunes gens de Paris » , de la rue Trévise (Paris 9ème ).
Les séances hebdomadaires de « brainstorming » amenèrent BENSAI et BENNABI à concevoir un grand dessein pour l’Algérie et pour l’Islam. Il y avait des prémices d’un mouvement inspiré par les premiers élans de l’islah et qui aurait eu une pratique de la politique sensiblement différente de celle des « zaims » de l’époque que BENNABI appellera ironiquement des « intellectomanes » intéressés seulement par la « boulitique », une caricature de la vraie politique.
Dans l’atmosphère d’optimisme, voire d’euphorie due sans doute à la découverte à Paris des libertés qui étaient beaucoup moins reconnues dans les faits en Algérie –les deux amis avaient peut être tendance à n’entrevoir que les possibilités de réalisation de leurs projets, qui ne manquaient pas d’ambition. Ils sous estimaient les difficultés que rencontraient les colonisés qui voulaient porter des projets d’action collective autonome. Ils ne tardèrent pas à découvrir ces difficultés quand ils passèrent du micro climat intellectuel du quartier Latin au marché du travail. Ils eurent l’impression de véritables obstructions destinées à maintenir le colonisé dans une vie végétative.
La deuxième guerre mondiale leur fit perdre ce qui leur restait de leurs illusions des années 30. HAMOUDA BENSAI l’a montré dans la terrible lettre écrite en 1946 à LOUIS MASSIGNON qui avoue avoir eu « beaucoup de peine » à sa lecture. « Je m’en veux de vous avoir aimé… »,lui écrivit-il en lui reprochant de lui avoir fait croire aux possibilités de dialogue entre « arabes musulmans et français chrétiens ».
Massignon est accusé de l’avoir « désarmé » sur le front de la lutte idéologique et d lui avoir fait, ainsi, « plus de mal que les enfumeurs des grottes du Dahra » !!!
La sévérité de cette lettre donne une idée des ravages provoqués par les massacres collectifs de mai 1945 sur une âme aussi sensible que celle de l’intellectuel croyant HAMOUDA BENSAI.
Massignon qui ,selon son fils DANIEL, gardait de l’estime pour son ancien étudiant, a commenté à plusieurs reprises cette lettre devant ses auditoires chrétiens pour leur montrer comment les progrès sur la voie du dialogue islamo-chrétien pouvaient être compromis par les retours du colonialisme au tout répressif.
Le grand arabisant ,qui avait cru dans les années 20 et 30 à une « intégration » des algériens dans le respect de l’Islam, dénonçait plus vigoureusement le colonialisme, sans pour autant soutenir les revendications indépendantistes. Il a notamment condamné en 1953 l’utilisation des chefs maraboutiques par l’administration coloniale au Maroc et en Algérie. HAMOUDA BENSAI est sorti de sa réserve pour lui reprocher sa volte-face , en lui rappelant l’apologie du maraboutisme qu’il faisait au collège de France dans les années 30. Dans les échanges qu’ils a eus à cette occasion avec le Dr KHALDI dans la république Algérienne, HAMOUDA BENSAI a montré sa fidélité à ses idéaux des années 30 et la permanence de son grand intérêt pour le débat d’idées.
Dans les années 80, un de ses condisciples à Paris m’a dit que «la vie a été trop dure avec lui ». Il en parlait avec des accents qui traduisaient le prestige qu’avait eu dans les années 30 cet intellectuel auprès de toute une génération.
A la même période ,son frère SALAH en parlait aussi avec un respect empreint d’admiration et de regret . Il invoquait les circonstances qui empêchèrent son frère de donner toute la mesure de son talent.
Après la disparition du grand agronome, la traduction en arabe de l’article nécrologique que je lui ai consacré au début de 1991 a été publiée à Constantine. Le traducteur reçut une lettre dans laquelle HAMOUDA BENSAI , d’habitude si méfiant et si critique , nous remerciait d’avoir retracé convenablement le parcours de frère et d’avoir évoqué le rôle joué par le groupe dont ils avaient fait partie à Paris.
A la suite d’une de ses visites à Alger,où il rencontrait ABDELKADER MIMOUNI, et après ses rencontres avec des journalistes de Batna ou de Constantine ,on parlait de ses manuscrits et de ses mémoires sans que cela aboutisse à sa mise en contact avec un éditeur , ni à un projet de livre qui aurait fait été fait d’entretiens avec un chercheur ou un journaliste intéressé par l’histoire des idées .
La publication de textes de H. BENSAI ,ou d’écrits sur lui , comble en partie cette lacune. Elle est utile pour la mémoire par l’hommage rendu à un intellectuel croyant et patriote qui a participé , directement ou indirectement à la renaissance de la culture islamique en Algérie .
Elle peut ouvrir la voie à des travaux sur des périodes et personnalités restées insuffisamment étudiées, en raison des difficultés de la recherche historique en général, et de l’idéologisation d’une partie de ce qui est publié en particulier.
L’évocation du souvenir de H.BENSAI conduit aussi à s’interroger sur les vicissitudes, toujours existantes sous des formes différentes, qui empêchèrent l’aboutissement d’une œuvre si bien commencée et qui ,bien qu’interrompue, garde toujours une valeur exemplaire.
Le CORAN nous dit qu’ « il y a en cela un rappel pour quiconque est doué de cœur et tend l’ouie pour être un témoin ».









